| British Broadcasting Corporation [BBC] | Format lecture | ||||
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| 3. | L’essor rapide de la radio et l’apparition de la télévision |
Dans la première moitié des années 1930, sous la direction de John Reith, la BBC acquiert rapidement une grande notoriété auprès du public britannique. Un public nombreux — plus de deux millions de postes radiophoniques sont vendus dès 1926 — accède à une variété de programmes de très haute qualité : pièces de théâtre, programmes musicaux de tous genres — des Proms (Promenade Concerts) à la variété (comme Band Waggon avec Arthur Askey et Richard Murdoch) —, émissions pour la jeunesse — à la fin des années 1930, les programmes éducatifs sont diffusés dans plus de 8 000 écoles britanniques —, actualité, émissions religieuses...
John Reith est également à l’origine de l’une des principales avancées de la radio, avec la diffusion d’émissions internationales dans le cadre de l’Empire Service, créé en 1932 et ancêtre de l’actuel BBC World Service. Le roi Georges V adresse son premier message radiophonique à l’Empire britannique le jour de Noël 1932. Dès 1938, l’Empire Service émet en arabe. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la diffusion s’étend à l’Europe.
Si les premières expériences de télévision voient le jour dès 1929, selon un système inventé par un autre ingénieur écossais, John Logie Baird, ce n’est qu’à partir de 1936 que se met en place un véritable réseau de télévision.
| 1. | La radio de la Résistance |
En 1939, la guerre entraîne la fermeture du service télévisé de la BBC. Soumises à la censure, les émissions de radio essaient néanmoins de brosser un tableau aussi exact que possible des événements, tout en soutenant le moral de la population. Ainsi s’instaurent des programmes au ton léger, spécialement destinés aux troupes (le Forces Programme) en 1940.
À partir de cette date, la BBC devient l’unique source d’information fiable pour les réseaux de la Résistance. De nombreux dirigeants alliés, parmi lesquels le général de Gaulle, s’adressent aux leurs depuis les studios londoniens de la BBC et, à l’approche du jour J, les mouvements de la clandestinité reçoivent par leur intermédiaire des messages codés qui faciliteront l’organisation du débarquement (voir bataille de Normandie).
| 2. | La fin du monopole |
La BBC, qui s’est largement développée pendant la Seconde Guerre mondiale, rencontre de réelles difficultés pour se réorganiser. Les services de télévision, relancés en 1946, connaissent un grand succès, surtout après la diffusion internationale de la cérémonie de mariage de la future reine Élisabeth avec le duc Philippe d’Édimbourg. À la radio, le Third Programme (« troisième programme »), consacré à la culture et aux émissions de musique classique, fait son apparition en 1946.
Forte de ses trois stations nationales, la BBC dispose d’antennes locales qui couvrent notamment l’Écosse, le pays de Galles, l’Irlande du Nord et les différentes régions d’Angleterre. En 1950, elle diffuse 30 h de télévision et 260 h de radio par semaine. La multiplication des relais permet rapidement de couvrir la moitié de la population.
Quand la BBC perd son monopole, lors de la naissance de la chaîne Independant Television (ITV) en 1956, plus de 90 p. 100 de la population peut recevoir les programmes de télévision. L’ère de la concurrence est arrivée. Dans les premiers temps, l’office public, obligé de lutter pour sa survie, voit sa part d’audience chuter à 28 p. 100 en 1957.
La riposte de la radio face à la télévision, et celle de BBC TV face à ITV, est mise en œuvre par sir Ian Jacob, directeur général. Elle sera achevée par Hugh Green. À la fin des années 1950, la prédominance de l’image sur la radio ne cesse de s’accroître, même si cette dernière propose, dans les domaines les plus variés, d’excellents programmes : The Goon Show crée un nouveau style de comédie et attire un vaste public, tandis que des émissions vedettes telles que The Archers (née en 1951 et toujours produite aujourd’hui) ne démentent pas leurs premiers succès. Quant à la part d’audience de la BBC face à la concurrence, elle met longtemps à se rétablir. Une adaptation du roman de George Orwell, 1984, crée cependant l’événement ; Panorama, émission phare de la BBC consacrée à l’information, et Sportsview apportent à la fois innovations et audience.
En 1967, un profond remaniement des services radio de la BBC est mis en œuvre, avec la création de Radio 1, destinée à contrer l’assaut des radios pirates ; au même moment, les programmes Light, Third et la chaîne générale Home sont rebaptisés Radio 2, 3 et 4. À Leicester, BBC Local Radio effectue son démarrage, ouvrant la voie à vingt autres stations spécialisées qui se créent au cours des six années suivantes ; destinées aux communautés locales, celles-ci s’adressent entre autres à leurs populations asiatiques ou antillaises.
Au cours des années 1960, la BBC introduit un grand nombre d’innovations techniques qui contribuent à l’amélioration et à la diversification des programmes, comme la modulation de fréquence ou l’enregistrement vidéo. La stéréophonie (voir Enregistrement et reproduction du son) accroît la qualité des émissions musicales, et les satellites (Telstar) permettent les transmissions intercontinentales ; le passage à la couleur ajoute un attrait supplémentaire aux films ainsi qu’aux émissions de sport, de divertissement et à celles sur la nature. Cette époque voit aussi la naissance d’une nouvelle chaîne télévisée, BBC 2, offrant un choix plus vaste aux téléspectateurs.
Le BBC Television Centre s’implante dans l’ouest de Londres, et un atelier radiophonique se met en place, de même qu’un système de télétexte baptisé Ceefax, accessible au public à partir de 1972.
| 3. | La crise économique et la montée de la concurrence |
Au cours des années 1970-1980, les scores d’audience atteignent souvent 20 millions de téléspectateurs et 5 millions d’auditeurs, mais des difficultés surgissent avec la détérioration du climat économique. De même, des émissions comme Yesterday’s Men ou The Question of Ulster suscitent les critiques de personnalités politiques avec lesquelles la BBC doit négocier, entre autres, le montant de sa redevance.
La question épineuse de l’éventuelle influence des médias sur des groupes sociaux vulnérables, tels que les enfants, suscite des débats houleux. Ces polémiques débouchent sur la création, en 1981, d’un organisme chargé de recevoir les plaintes des usagers, la Broadcasting Complaints Commission. Les responsables de la BBC, conscients de leur mission, présentent des émissions pour les sourds et les aveugles ou les personnes affectées d’autres handicaps ; ils lancent également une campagne pour combattre l’illettrisme des adultes.
La fin des années 1970 est marquée par la crise économique et par des interrogations quant à l’avenir de l’audiovisuel. Face à ITV, qui a la possibilité d’accroître ses recettes en augmentant ses tarifs publicitaires, la BBC dispose d’une faible marge de manœuvre pour équilibrer ses comptes, sinon par l’accroissement des revenus, relativement modestes, qu’elle tire de la vente de ses programmes et de ses publications. Si, dans un Livre blanc publié en 1978, la BBC est qualifiée d’« institution culturelle probablement la plus importante du pays » — une affirmation attestée par la qualité d’émissions telles que le Shakespeare Project (qui retransmet des pièces du grand dramaturge, assorties de commentaires explicatifs), Life on Earth, Yes Minister, The Boys from the Blackstuff ou Timewatch —, elle doit affronter à partir de 1982 la concurrence d’une nouvelle chaîne privée, Channel 4, à vocation innovante et expérimentale.
| 4. | Évolutions et turbulences |
Les années 1980 et 1990 voient une accélération des progrès technologiques, un accroissement de la concurrence et un changement d’attitude du pouvoir envers la BBC. En effet, les divers gouvernements conservateurs qui se succèdent, de 1979 à 1990, sous le mandat de Margaret Thatcher, remettent en question les principes de fonctionnement de cet organisme public. Dans le même temps, le satellite et le câble permettent l’émergence de nouvelles chaînes, et donc un choix de programmes plus étendu. La BBC est d’abord invitée à mettre en place deux chaînes par satellite, sans le soutien des pouvoirs publics. Ce projet, dont la viabilité suscite de virulentes polémiques, échoue, après avoir coûté beaucoup d’efforts et d’argent ; c’est Sky Channel (renommée depuis British Sky Broadcasting, ou BSkyB), chaîne commerciale, qui devient le premier fournisseur de services télévisés par satellite du Royaume-Uni.
La BBC poursuit la vocation novatrice qui est la sienne — et dame le pion à ITV par la même occasion — avec, en 1983, le démarrage de Breakfast Television, qui vient rejoindre les productions existantes dont le niveau de qualité et la variété demeurent indiscutables. Des émissions audacieuses, comme Tumbledon, réflexion sur la guerre des Malouines, ou Real Lives : On the Edge of the Union, consacrée au terrorisme en Irlande du Nord, indisposent fortement le gouvernement, déjà hostile à la BBC. Ses studios de Glasgow sont perquisitionnés par la police à la suite d’une autre série d’émissions tout aussi polémiques, et son directeur général, Alasdair Milne, est destitué.
À l’orée des années 1990, sous la présidence de Marmaduke Hussey (nommé en 1986) et sous la direction de Michael Checkland (à partir de 1987), puis de John Birt (en 1992), la BBC subit de rapides et douloureuses transformations. Les restructurations engagées conduisent à une forte réduction du personnel, tenu désormais de respecter des objectifs précis ; les procédures de programmation sont remaniées, avec la mise en place d’une sorte de marché interne. Plusieurs services, y compris techniques, doivent être privatisés à plus ou moins longue échéance. Ces changements, similaires à ceux que connaissent d’autres entreprises du secteur public, se révèlent très impopulaires. La direction obtient toutefois un renouvellement de sa charte pour dix ans à compter de 1996, et la société est autorisée à fixer librement l’augmentation de sa redevance qui assure son financement à 75 p. 100 et doit lui permettre de s’établir dans le secteur de la télévision numérique terrestre, ce qui est le cas à compter de 2002, 24 chaînes gratuites étant alors offertes aux téléspectateurs.
En 2003, l’affaire Kelly constitue la plus grave crise traversée par la BBC depuis sa fondation. Alors qu’un de ses programmes radiophoniques a accusé le gouvernement de Tony Blair d’avoir exagéré la menace irakienne afin de justifier la guerre contre l’Irak, une enquête judiciaire est ouverte sur les circonstances du suicide de David Kelly. Consulté par le gouvernement au sujet des armes de destruction massive irakiennes, cet expert en armement avait été la principale source d’informations de la BBC. La justice juge infondées les accusations de la BBC, qui est contrainte de présenter des excuses au gouvernement tandis que le président de la BBC, Gavyn Davies, et son directeur général démissionnent au mois de janvier 2004. Mise en cause, la BBC entend toutefois continuer de défendre sa liberté éditoriale.
Dans ce climat de turbulences internes et de concurrence effrénée, les responsables des programmes de la BBC s’efforcent de ne pas bouleverser la programmation. Dans un monde marqué par l’internationalisation des communications, de nombreux projets sont mis en place qui doivent permettre aux médias britanniques d’être diffusés dans les pays du monde entier. Les idéaux du fondateur — indépendance, impartialité, respect des autres — restent toujours d’actualité.