| Format recherche | médecine, histoire de la | Format lecture |
| 1. | Présentation |
médecine, histoire de la histoire des événements marquants qui ont jalonné le développement des sciences médicales depuis la préhistoire.
| 2. | Médecine préhistorique |
La connaissance des pratiques médicales préhistoriques repose essentiellement sur l’étude anatomopathologique des restes fossilisés de nos lointains ancêtres. Leurs ossements présentent parfois des séquelles de maladies identifiables par les spécialistes : fractures, luxations, graves entorses ou tumeurs. Mais, pour des raisons évidentes, seules les pathologies ayant des répercussions sur la structure osseuse sont identifiées. Certains traitements rudimentaires, comme la trépanation, à laquelle semblent avoir survécu quelques malades, sont également visibles. Pour les périodes préhistoriques plus récentes, celles du néolithique par exemple, les préhistoriens disposent de beaucoup plus d’éléments. En dehors des restes humains, ils ont retrouvé de nombreux instruments ou objets dont l’utilisation à des fins médicales semble certaine. En outre, ils établissent des comparaisons avec les pratiques actuelles de tribus primitives étudiées en anthropologie. En se fondant sur ces comparaisons, les maladies devaient présenter un grand intérêt pour les premiers hommes même s’ils n’étaient pas capables de les traiter efficacement. Comme dans bon nombre de sociétés traditionnelles actuelles, ils devaient diviser la genèse des maladies en deux catégories, chacune ayant ses propres instruments thérapeutiques. La première catégorie, la plus importante, concerne les maladies attribuées à l’influence de démons malveillants, capables d’introduire un esprit étranger, une pierre ou un ver dans le corps d’individus sans méfiance. Ils combattent ce genre d’affections à l’aide d’incantations, de danses, de pratiques magiques, de charmes et de talismans. Si l’on suppose que le démon est parvenu à pénétrer dans le corps de sa victime, en l’absence de telles précautions, ou en dépit de celles-ci, on s’efforce de rendre ce corps inhabitable pour le démon en battant ou en affamant le patient. On essaie aussi d’expulser l’esprit à l’aide de potions provoquant de violents vomissements ou en perçant un orifice dans le crâne. Ce dernier procédé, appelé trépanation, constitue également le remède pour la démence, l’épilepsie et les maux de tête.
Toutefois, les traitements spécifiquement dirigés contre une maladie doivent être beaucoup plus efficaces. Les procédés thérapeutiques sont relativement nombreux dans les sociétés anciennes : nettoyage et traitement des blessures par cautérisation, cataplasmes et sutures, réduction des luxations et des fractures, utilisation d’attelles. D’autres traitements comportent l’utilisation de purgatifs, de laxatifs, d’émétiques provoquant des vomissements et de lavements. Les plus grands succès ont sans doute été obtenus avec l’utilisation d’extraits de plantes aux propriétés stimulantes et narcotiques. Certains de ces traitements sont si efficaces qu’ils continuent d’être utilisés de nos jours. La digitaline, un stimulant cardiaque extrait de la digitale, est l’un des plus connus.
| 3. | Pratique médicale antique |
De nombreux systèmes médicaux préscientifiques, fondés principalement sur la magie, les remèdes traditionnels et une chirurgie élémentaire existent donc dans certaines sociétés avant l’avènement de la médecine grecque aux environs du vie siècle av. J.-C.
| 1. | Médecine égyptienne |
On peut discerner deux tendances distinctes dans la médecine égyptienne : d’une part, des pratiques magiques et religieuses et, d’autre part, une tendance au rationalisme, fondée sur l’expérience et l’observation. Les affections des yeux et de la peau sont traitées par un médecin en raison de leur localisation bien visible, alors que les troubles moins accessibles continuent à être traités par des sortilèges et des incantations du prêtre-magicien. Au cours de la troisième dynastie, le médecin est un « préscientifique » dont les pratiques s’opposent à celles du sorcier ou du prêtre. Toutefois, les frontières ne sont pas hermétiques entre ces deux types de pratique. Ainsi l’architecte et ingénieur Imhotep (v. 2600 av. J.-C.), également grand prêtre du temple d’Héliopolis, est considéré comme le premier médecin, le père de la discipline, en raison de son savoir médical rationnel exceptionnel pour l’époque.
La formation du médecin, dispensée dans des écoles, dure de nombreuses années au cours desquelles sont enseignés l’art de l’interrogatoire, de l’examen et de la palpation (examen du corps par le toucher). Les prescriptions ordonnent des médicaments dont l’usage s’est perpétué au cours des siècles. Des textes rapportent l’utilisation de laxatifs, préparés à partir de dattes, de figues et d’huile de ricin. L’acide tannique, extrait de la noix d’acacia, est utilisé pour le traitement des brûlures.
Bien que les Égyptiens pratiquent l’embaumement, leurs connaissances anatomiques sont faibles. Ils ne pratiquent que des interventions chirurgicales mineures, à l’exception de la trépanation. Selon les écrits de l’historien grec Hérodote (v. 484 av. J.-C.-v. 425 av. J.-C), les anciens Égyptiens considèrent l’art dentaire comme une spécialité chirurgicale importante. Ce philosophe grec a également été influencé par les travaux de physiologie et de pathologie du médecin égyptien Imhotep, dont il aurait pris connaissance au cours de son voyage en Égypte au viie siècle av. J.-C.
| 2. | Médecine mésopotamienne |
En raison des systèmes théocratiques qui prévalent en Assyrie et à Babylone, la médecine de ces pays est inséparable des pratiques magiques. Les tablettes cunéiformes qui sont parvenues jusqu’à nous montrent des séries importantes de cas pathologiques bien classifiées. Plus surprenant, des modèles de foies en terre cuite très fidèles ont été retrouvés au cours de fouilles archéologiques. Le foie, considéré alors comme le siège de l’âme, revêt en Mésopotamie une importance toute particulière et son étude anatomique révèle les intentions des dieux. Les rêves sont également étudiés dans le même but.
Un grand nombre de remèdes sont utilisés en Mésopotamie, parmi lesquels plus de cinq cents médicaments, dont certains sont d’origine minérale. Les incantations chantées par des prêtres, que l’on peut aujourd’hui rapprocher d’une forme de psychothérapie, s’avèrent souvent efficaces.
| 3. | Médecine palestinienne |
La médecine hébraïque dérive en grande partie de son contact avec la médecine mésopotamienne en Assyrie et à Babylone. De nombreuses maladies sont considérées comme des manifestations du mécontentement de Dieu ; les maladies de peau (groupées sous l’appellation zaraat, « souillure »), notamment, sont interprétées comme la marque d’une punition divine des péchés. L’Ancien Testament met l’accent sur la prévention et fait allusion aux maladies causées par l’intrusion des esprits. Le Lévitique renferme des instructions précises sur des sujets aussi variés que l’hygiène féminine, la mise à l’écart des malades, la désinfection du matériel pouvant transmettre les germes pathogènes. Bien que la circoncision soit la seule intervention chirurgicale clairement décrite, les fractures sont traitées à l’aide de bandages et les blessures pansées avec de l’huile, du vin et des baumes.
| 4. | Médecine indienne |
Les pratiques médicales des anciens Hindous (1500 à 1000 av. J.-C.) sont décrites dans les travaux de deux médecins, Charaka (iie siècle apr. J.-C.) et Susruta (ive siècle apr. J.-C.). Susruta a laissé des descriptions précises de la malaria (paludisme), de la tuberculose, et du diabète. Il a aussi écrit au sujet du chanvre indien (le cannabis) et de la jusquiame dans son introduction à l’anesthésie et sur les antidotes contre les morsures de serpents venimeux. Un ancien médicament hindou, dérivé de la racine d’une plante indienne, le Rauwolfia serpentina, a été à l’origine du premier tranquillisant moderne. Dans le domaine de la chirurgie, les praticiens hindous sont les plus compétents de toute l’Antiquité. Ils sont ainsi les premiers à tenter des greffes de peau et à pratiquer la chirurgie esthétique du nez.
Avec le développement du bouddhisme, l’étude de l’anatomie est interdite, et après la conquête par les musulmans, le champ d’action de la médecine régresse fortement. Cependant, les connaissances les plus importantes concernant l’hygiène, l’alimentation et l’eugénisme seront transmises en Occident, à partir du xe siècle) grâce aux écrits des médecins du monde arabo-musulman.
| 5. | Médecine chinoise |
Dans la Chine ancienne, les interdictions religieuses vis-à-vis des dissections conduisent à des connaissances parcellaires et/ou erronées de la structure et des fonctions du corps humain. En conséquence, les techniques chirurgicales restent élémentaires. Les traitements externes comprennent des massages et la pose de ventouses. Deux techniques thérapeutiques connaissent un extraordinaire développement : l’acupuncture, ou piqûre de la peau par des aiguilles et les cautères, ou brûlures de la peau par application de moxa brûlants, une préparation de feuille d’armoise de Chine trempée dans l’huile. Parmi les principaux médicaments chinois, on trouve la rhubarbe, l’aconit, le soufre, l’arsenic et le plus important d’entre eux, l’opium. Des préparations à base d’organes et d’excrétions d’animaux, survivances d’anciens rituels, sont aussi utilisées.
| 6. | Médecine grecque |
La médecine grecque primitive est fondée sur la magie et les sortilèges. Au viiie siècle av. J.-C., Apollon est, selon les écrits du poète épique Homère, considéré comme un dieu guérisseur. Cependant, dans l’Iliade, Homère montre une connaissance étendue du traitement des plaies et des autres blessures par la chirurgie qui est déjà reconnue comme une spécialité différente de la médecine interne.
Par la suite, Asclépios (assimilé par les Romains à Esculape) supplante Apollon comme dieu de la Médecine. Des temples et des sanctuaires — appelés asclépiéions — lui sont consacrés dans la plupart des villes. Les malades et les infirmes s’y rendent pour y invoquer le dieu, qui leur apparaît en songe. Les prêtres guérisseurs chargés du culte, les Asclépiades, sont considérés comme les descendants d’Asclépios. Les rites de guérison qu’ils pratiquent, s’ils sont avant tout d’inspiration magique, constituent cependant le terreau sur lequel se développe la médecine grecque. Plusieurs livres du Corpus hippocratum attribué à Hippocrate (v. 460 av. J.-C.-v. 377 av. J.-C.) ont d’ailleurs probablement été écrits par des Asclépiades.
Au ve siècle av. J.-C., Kos et Cnidus sont les plus fameuses des écoles médicales grecques sous les Asclépiades. Des règles éthiques exigeantes sont imposées aux médecins qui prêtent un serment consacré, connu sous le nom de serment d’Hippocrate car attribué à ce dernier (et qui, sous une forme plusieurs fois modernisée, est toujours en usage de nos jours). La connaissance de l’anatomie humaine est extrapolée à partir de la dissection d’animaux. Les principes de la physiologie reposent sur la théorie des quatre humeurs, dérivées des quatre éléments du philosophe Empédocle. La douleur et la maladie sont alors attribuées à un déséquilibre entre ces humeurs.
Au ive siècle av. J.-C., le philosophe grec Aristote contribue grandement au développement de la médecine, par le biais de l’étude de l’anatomie animale fondée sur de nombreuses dissections.
Au iiie siècle av. J.-C., Alexandrie, en Égypte, siège d’une bibliothèque qui rassemble la plus grande collection de livres de l’Antiquité et d’une grande école médicale, est considérée comme le centre de la science médicale grecque. C’est ainsi à Alexandrie que l’anatomiste Hérophile réalise la première dissection publique. C’est également là que le physiologiste Érasistrate effectue d’importants travaux sur l’anatomie du cerveau, des nerfs, des veines et des artères. Les successeurs de ces grands médecins se divisent en de nombreuses sectes opposées. Parmi les plus notables, les empiristes fondent leur doctrine sur la prévalence de l’expérience, et leur pratique sur l’observation des symptômes en s’interdisant toute spéculation sur des causes inapparentes, seulement accessibles par le raisonnement. Ils excellent en chirurgie et en pharmacologie.
Au ier siècle av. J.-C., le roi Mithridate VI Eupator, élève des empiristes, développe le concept de la tolérance aux poisons par l’administration de doses graduellement accrues (c’est la mithridatisation, que l’on peut regarder comme une forme naissante de théorie vaccinale).
| 7. | Médecine gréco-romaine |
La médecine grecque d’Alexandrie influence fortement les conquérants romains. Asclépiade (v. 124 av. J.-C.-40 av. J.-C.) joue un rôle important dans l’établissement de la médecine grecque à Rome au ier siècle av. J.-C. S’opposant à la théorie des humeurs, Asclépiade enseigne que le corps est constitué de particules discontinues, ou atomes, séparées par des pores. La maladie est selon lui causée par les restrictions apportées aux mouvements ordonnés des atomes ou par le blocage des pores. Il propose, comme méthode pour parvenir à la guérison, des exercices, des bains, et une alimentation spécifique plutôt que des médicaments. Cette théorie réapparaîtra périodiquement sous des formes variées jusqu’au xviiie siècle.
Les principaux auteurs de traités médicaux des ier et iie siècles apr. J.-C. sont Dioscoride, connu pour ses études sur les plantes médicinales, Galien de Pergame, dont les enseignements anatomiques (qui renferment de nombreuses erreurs, car fondés sur la dissection d’animaux) feront autorité jusqu’au milieu du xvie siècle, Celse, auteur d’une encyclopédie en vingt volumes, dont huit sont consacrés à la médecine, Artaeus de Cappadocce (iie siècle apr. J.-C.), disciple d’Hippocrate, Rufus d’Éphèse (début du iie siècle apr. J.-C.), renommé pour ses recherches sur le cœur et les yeux, et enfin Soranus d’Éphèse, qui a réuni des informations relatives à l’obstétrique et à la gynécologie, apparemment fondées sur des dissections humaines.
| 8. | Médecine romaine |
Les contributions romaines originales interviennent dans les domaines de la santé publique et de l’hygiène. Les méthodes romaines d’assainissement des rues, d’adduction d’eau et d’hospitalisation publique ne sont pas améliorées avant l’ère moderne.
| 4. | Médecine médiévale |
À la suite des Grandes Invasions qui disloquent l’Empire romain, la médecine — et les sciences en général — connaît une longue période de stagnation. La médecine occidentale est alors constituée d’une bonne part de folklore, mêlé de restes mal compris des enseignements classiques. À Constantinople, une série d’épidémies provoque une résurgence des pratiques magiques. Seuls quelques médecins grecs tels Oribasius, Alexandre de Tralles et Paul d’Égine, derniers représentants de la médecine classique, qui perpétuent une tradition d’investigations et de progrès médicaux face à la superstition et à la stagnation de la réflexion scientifique.
| 1. | Médecine arabo-musulmane |
Au viie siècle, une grande partie du monde oriental a été conquis par les Arabes. Ceux-ci ont hérité des connaissances médicales du monde grec antique, acquises notamment en Perse : l’école de Nisibis (fondée par l’Église chrétienne nestorienne et dont l’organisation en départements — théologie, philosophie et médecine — en fait la première université moderne), en particulier, est riche de manuscrits de nombreux textes classiques qui avaient été perdus lors de l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie en 47 av. J.-C. Les traductions et commentaires en arabe des textes grecs et persans effectués entre le viiie et le xe siècle jouent un rôle fondamental dans le développement de la médecine arabe. Au ixe siècle, la ville de Bagdad devient un centre intellectuel florissant ; à la Bayt al-hikma (« Maison de la Sagesse »), fondée vers 832, sont produits l’essentiel des ouvrages médicaux majeurs de l’époque, qui associent des traductions des textes classiques ainsi que des productions originales de leurs auteurs. Ainsi, Ibn Massawayh (776-855, dit Mésué l’Ancien dans le monde latin), premier directeur de la Maison de la Sagesse et traducteur (vers l’arabe) de nombreux ouvrages grecs et persans, invente aussi un certain nombre de nouveaux traitements et rédige nombre d’ouvrages médicaux (notamment le Livre des axiomes médicaux, An-Nawardir at-Tibiya). Son élève Ibn Ishâq (v. 809-873, dit Johannitius) est quant à lui l’un des traducteurs d’ouvrages antiques les plus renommés du monde médiéval. Directeur de l’hôpital de Bagdad, al-Razi, dit Rhazès ((v. 864-v. 925), est l’auteur d’une soixantaine de traités médicaux, dont le Kitab al-Hawi (traduit en latin par Liber continens, le « livre contenant toute la médecine »), encyclopédie en 20 volumes compilant les connaissances médicales grecques, perses et arabes de l’époque, enrichies par ses propres observations et expériences. Il est aussi le premier clinicien à identifier et décrire la variole et la rougeole. Son contemporain Isaac ben Solomon Israeli (v. 850–v. 950, en arabe Ishâq ibn Sulayman al-Isra’ili), installé à Kairouan à partir de 904 environ et médecin personnel des premiers califes fatimides de Tunisie, se place au rang des plus illustres médecins médiévaux. Auteur du premier livre entièrement dédié à la diététique, le Livre des simples et de la diététique (Kitab al-adwiya al-mufrada walaghdhiya, traduit en latin sous le titre Diaetae Universales et Particulares), il est aussi connu pour ses Livre des fièvres (Kitab al-Hummayat) et Livre des urines (Kitab al-Baul).
Cordoue, émirat omeyade, est également un centre intellectuel de première importance du monde arabo-musulman ; au xe siècle, sa bibliothèque conserve quelque 600 000 ouvrages. S’y illustre notamment Abul Qasim (v. 936-1013, dit Albucasis), médecin personnel du calife de Cordoue ; le livre consacré à la chirurgie de son traité Al-Tasrif (la Pratique) est en effet considéré comme le sommet de la chirurgie médiévale.
Parmi les travaux qui ont marqué la médecine arabe médiévale, il convient de citer le Canon de la médecine d’Avicenne (980-1037) qui, considéré comme la synthèse exemplaire des doctrines d’Hippocrate, d’Aristote et de Galien, influencera l’enseignement occidental de la médecine jusqu’au xvie, voire jusqu’au xviie siècle par endroits. Ibn Zuhr (1091-1161), connu en Occident sous le nom d’Avenzoar, décrit le parasite de la gale et est l’un des premiers à remettre en cause l’autorité de Galien. Au xiie siècle, Ibn Ruch, dit Averroès, rédige un grand traité de médecine, le Kitab al-Kulliyyat (« livre des généralités », traduit en latin sous le titre de Colliget) ; il est aussi reconnu comme le plus grand commentateur d’Aristote. Maïmonide, élève d’Averroès, est l’auteur de remarquables travaux sur l’alimentation, l’hygiène et la toxicologie ; on lui attribue également un serment médical posant des principes éthiques (« la prière d’un médecin »). Ibn al-Nafīs (1205-1288), connu aussi sous le nom d’Al-Quarashi), rédige des commentaires sur les écrits d’Hippocrate et des traités sur l’alimentation et les maladies des yeux. Il est également le premier à décrire la circulation pulmonaire, passage du sang du ventricule droit au ventricule gauche via les poumons.
Tous ces savants ont élevé les exigences de la profession en mettant l’accent sur les examens que devaient passer les médecins avant de pouvoir exercer. Ils ont introduit de nombreuses substances thérapeutiques et excellé dans les domaines de l’ophtalmologie et de l’hygiène publique ; leur compétence était bien plus élevée que celle des médecins de l’Europe médiévale.
| 2. | Médecine européenne |
L’Europe médiévale précoce souffre d’une désorganisation complète de la communauté médicale laïque. Afin de subvenir aux besoins médicaux, une forme de médecine ecclésiastique voit le jour, tirant son origine des hôpitaux monastiques. Elle se développe rapidement sous forme d’institutions charitables conçues pour soigner les nombreux patients atteints de la lèpre ou d’autres maladies. Les bénédictins sont tout particulièrement actifs dans ce domaine, recueillant et étudiant les textes médicaux anciens dans leur bibliothèque du Mont-Cassin en Italie. Saint Benoît de Nursie, fondateur de l’ordre, impose à ses membres l’étude des sciences, et en particulier la médecine.
À l’époque du théologien franc Rabanus Maurus, Fulda devient un centre d’enseignement célèbre en Allemagne. Au ixe siècle, en raison des efforts de Charlemagne, la médecine est introduite dans l’enseignement des écoles cathédrales. À l’inverse, l’ecclésiastique français Saint Bernard de Clairvaux interdit aux moines cisterciens l’étude des ouvrages médicaux ainsi que l’utilisation de remèdes autres que les prières.
Au cours des ixe et xe siècles, l’ancienne station sanitaire de Salerno, près du Mont-Cassin, devient progressivement un centre médical reconnu. Au début du xie siècle, la première école de médecine occidentale est construite à Salerne. L’enseignement, d’ordre pratique et séculier, met l’accent sur l’alimentation et l’hygiène personnelle. Le médecin et traducteur Constantin l’Africain (v. 1015-v. 1087) qui, né à Carthage, devient moine bénédictin à l’abbaye du Mont-Cassin, traduit (d’arabe en latin) et adapte de nombreuses sommes médicales pour les élèves de Salerne et du Mont-Cassin. Au xiie siècle, l’instruction médicale devient de plus en plus théorique et scolastique. Des universités de médecine sont créées à Bologne, Padoue, Montpellier, Paris, Oxford… Par ailleurs, vers 1141-1143, l’archevêque Raymond de Tolède fonde, à Tolède, un collège de traducteurs qui, se consacrant à la traduction en latin des manuscrits médicaux arabes, permettent aux connaissances médicales arabes et grecques de commencer à diffuser dans l’Occident médiéval. Parmi eux figure en particulier Gérard de Crémone (1114-1187), traducteur d’Albucasis, Avicenne, Rhazès, Isaac Israeli, etc.
À partir du xiiie siècle, à la fin de leurs études, les médecins doivent passer un examen devant leurs pairs avant d’exercer leur art. Les savants représentatifs de cette période sont le scolastique allemand saint Albert le Grand, qui étudie et commente les ouvrages scientifiques d’Aristote, et le philosophe anglais Roger Bacon, qui mène des recherches en optique. Roger Bacon a été le premier à suggérer que la médecine pouvait utiliser des remèdes produits par la chimie. Considéré comme un penseur original et un pionnier de la science expérimentale, il est pourtant dominé par l’autorité des auteurs grecs et arabes.
En Italie, les universités de Bologne et de Padoue deviennent, au xiiie siècle, des centres médicaux de premier plan. À cette époque, le statut social du chirurgien est inférieur à celui du médecin. Néanmoins, des avancées importantes sont effectuées par les chirurgiens Ugo Borgognoni da Lucca (1180-1258, connu aussi sous le nom de Hugues de Lucques) et son fils Teodorico (1206-1298), qui exercent et enseignent à Bologne. Ils contredisent les enseignements de Galien sur le traitement des fractures, des luxations et des blessures, et préconisent l’endormissement des patients avant les opérations. Ils recommandent aussi que les plaies soient nettoyées et asséchées (auparavant, on pensait qu’il fallait laisser le pus s’y former pour obtenir la cicatrisation), puis refermées le plus vite possible. Guillaume de Salicet (1201-1277), qui exerce à Bologne, et son élève Guido Lanfranchi (v. 1240/1250-v. 1306), sont les pionniers de l’anatomie chirurgicale. Vers 1300, à l’université de Bologne, on recommence, pour la première fois, à réaliser des dissections de cadavres : les erreurs des anciens peuvent ainsi commencer à être levées.
Élève de Teodorico Borgognoni et de Guillaume de Salicet, le Français Henri de Mondeville (1260-1320), chirurgien des rois Philippe le Bel et Louis le Hutin, est l’initiateur et le défenseur, en France, du traitement aseptique des plaies et de l’utilisation des sutures ; il est aussi l’auteur d’un volumineux traité novateur (Cyrurgia). Guy de Chauliac (v. 1280/1300-1368) réalise quant à lui la première description clinique de la peste en 1348 ; auteur de Chirurgica Magna (Grande Chirurgie, 1363), somme chirurgicale en 7 traités, il est considéré comme le père de la chirurgie moderne. Il insiste sur l’importance des dissections anatomiques au cours de la formation du chirurgien. Il est, en outre, l’inventeur de nombreux instruments chirurgicaux.
| 5. | Médecine de la Renaissance |
La Renaissance n’est pas marquée par une rupture brutale dans la pensée médicale, mais par un fort regain d’activité dans le domaine des recherches en anatomie et en pathologie, qui entraîne la progressive remise en question de dogmes admis sans réserve depuis l’Antiquité. Par ailleurs, la médecine bénéficie des travaux des artistes de la Renaissance, qui s’intéressent à l’anatomie — notamment celle des muscles — dans le but de mieux dessiner le corps humain. Léonard de Vinci, tout particulièrement, réalise des dessins anatomiques remarquablement précis en se fondant sur la dissection de corps humains. Cependant, son travail, dont la plus grande partie a été perdue, n’a finalement qu’une influence mineure sur ses contemporains.
En 1543, la publication du traité d’anatomie De Humani Corporis Fabrica (la Fabrique du corps humain) par l’anatomiste flamand André Vésale constitue un événement déterminant de l’histoire médicale. Réalisant de nombreuses dissections de cadavres humains, il est en effet le premier à mettre en évidence les nombreuses erreurs héritées de l’enseignement de Galien (dont les observations avaient été réalisées non sur le corps humain, mais sur celui d’animaux, notamment de singes). En dépit des vives contestations qu’ils suscitent dans un premier temps, ses travaux marquent la naissance de l’anatomie moderne. À sa suite, de nombreux anatomistes vont réaliser des observations et découvertes fondamentales. Ainsi l’anatomiste et chirurgien italien Gabriel Fallope, auteur d’Observationes anatomicae (Observations anatomiques, 1561) décrit les trompes utérines qui portent aujourd’hui son nom (trompes de Fallope), ainsi que le tympan. Il diagnostique des maladies des oreilles à l’aide d’un spéculum auriculaire et décrit en détail les muscles oculaires et les canaux lacrymaux. Galien est également contredit par le médecin espagnol Miguel (dit en français Michel) Servet, qui décrit correctement la circulation du sang dans les poumons et montre que la digestion est la source de la chaleur corporelle.
Durant la première moitié du xvie siècle, le médecin et alchimiste suisse Paracelse rompt avec la tradition en brûlant les traités de médecine classique, en professant en allemand (au lieu du latin, langue des érudits), et en découvrant de nouveaux remèdes chimiques. Le chirurgien français Ambroise Paré, qui publie ses travaux en français (et non en latin, jusque-là unique langue de transmission des connaissances), fait faire des progrès considérables aux techniques curatives des plaies importantes, en proposant la ligature des artères en lieu et place de la cautérisation au fer rouge alors employée. Le poète et médecin italien Girolamo Fracastoro (1483-1553), dit Jérôme Fracastor, parfois considéré comme le père de l’épidémiologie scientifique, montre le caractère spécifique des fièvres et décrit le typhus. Il publie en 1530 un poème mythologique qui lui sert de cadre à une description minutieuse de la syphilis, Syphilis ive Morbus Gallicus (« la syphilis ou maladie des Gaulois »). Sa théorie selon laquelle les maladies infectieuses sont transmises par des graines de contagion invisibles, capables de se reproduire, fait de lui le précurseur des théories bactériologiques modernes.
| 6. | L’aube de la médecine moderne |
L’événement qui domine la médecine du xviie siècle et marque le début d’une nouvelle époque pour la science médicale est la découverte de la circulation sanguine et du rôle moteur du cœur par le médecin et anatomiste anglais William Harvey, qui publie en 1628 ses conclusions dans Exercitatio Anatomica de Motu Cordis et Sanguinis in Animalibus (Essai d’anatomie sur le mouvement du cœur et du sang chez les animaux). Il établit que le cœur pompe le sang à l’intérieur d’un circuit fermé. Avec la découverte de la circulation pulmonaire effectuée par Michel Servet, et celles des chylifères (petits vaisseaux lymphatiques des villosités de l’intestin grêle) et des capillaires sanguins par les anatomistes italiens Gasparo Aselli (v. 1581-1626) et Marcello Malpighi respectivement, le système circulatoire est désormais complet.
En Angleterre, le médecin Thomas Willis (1621-1675) explore l’anatomie du cerveau et du système nerveux. Il est le premier à identifier le diabète sucré et à décrire de nombreuses pathologies nerveuses. Le médecin anglais Francis Glisson (1597-1677) pose quant à lui les bases de la connaissance moderne de l’anatomie du foie et décrit le rachitisme. Le médecin anglais Richard Lower (1631-1691) effectue un travail fondamental sur l’anatomie du cœur mais, surtout, réalise l’une des premières transfusions sanguines réussies. Ses travaux complètent ceux des autres membres du groupe d’Oxford, Robert Boyle et Robert Hooke, pionniers dans le domaine de la connaissance de la physiologie de la respiration.
Toujours au xviie siècle, le philosophe et mathématicien français René Descartes effectue des dissections, étudie l’anatomie de l’œil et le mécanisme de la vision. Il soutient que le corps fonctionne comme une machine, point de vue également défendu par le médecin italien Santorio Santorio (qui publie sous le pseudonyme de Sanctorius, 1561-1636), qui étudie le métabolisme et invente le premier thermomètre muni d’une échelle graduée (1608), et le mathématicien et astronome italien Giovanni Alfonso Borelli (1608-1679), qui propose une explication des mouvements du corps fondée sur les principes de la mécanique (De muto animalium — « du mouvement animal » —, publié à titre posthume en 1680-1681). Jan Baptist Van Helmont, médecin et chimiste flamand, est le fondateur d’un courant de pensée opposé, connu sous le nom de iatrochimie, selon lequel la vie est une série de processus chimiques ; il découvre notamment l’action du suc gastrique dans la digestion. Son travail a été précédé par celui de l’anatomiste prussien Franciscus Sylvius (1614-1672), qui a étudié la chimie de la digestion et mis l’accent sur le traitement des maladies par les médicaments.
Le médecin anglais Thomas Sydenham réalise d’importantes études sur le mécanisme des épidémies, et différencie la scarlatine de la rougeole. Il met l’accent sur l’approche clinique de la médecine et rétablit l’importance de l’enseignement au chevet des malades, ce en quoi il est suivi par le médecin hollandais Hermann Boerhaave. Dans les années 1630, l’introduction en Europe de la poudre d’écorce de quinquina (connue sous le nom de poudre des Jésuites), qui deviendra plus tard la quinine, marque un progrès important dans la lutte contre la malaria (ou paludisme).
Au xviiie siècle, après les découvertes de l’astronome polonais Nicolas Copernic, du physicien et astronome italien Galilée et du mathématicien anglais Isaac Newton, la médecine tend à s’adapter aux exigences des investigations scientifiques modernes. De nouvelles perspectives s’ouvrent aux médecins, et le xviiie siècle représente aussi une période au cours de laquelle diverses théories plus ou moins contradictoires, certaines plus ou moins erronées, sont proposées.
| 1. | Des avancées capitales |
En obstétrique, le médecin britannique William Smellie (1697-1763) qui, notamment, met au point des forceps adaptés à l’anatomie de la femme, et William Hunter (1718-1783), frère du chirurgien britannique John Hunter, qui contribue à faire de l’obstétrique une spécialité de la médecine, contribuent à la modernisation de la discipline et mettent fin au monopole des sages-femmes dans le domaine des accouchements.
Au cours du xviiie siècle, de nombreux médecins, biologistes et botanistes apportent d’importantes contributions à la science. L’étude des lésions des organes dues aux maladies (plus tard appelée anatomopathologie) devient une spécialité grâce à l’Italien Giambattista Morgagni. Les études de physiologie expérimentale du naturaliste et biologiste italien Lazzaro Spallanzani sont parmi les premières à réfuter la théorie de la génération spontanée. Le Suisse Albrecht von Haller travaille sur la physiologie neuromusculaire et le physiologiste britannique Stephen Hales sur la pression sanguine. Le médecin, botaniste et minéralogiste britannique William Withering (1741-1799) découvre les effets thérapeutiques de la digitaline extraite de la digitale.
Le médecin britannique James Lind (1716-1794) découvre que le scorbut peut être évité et se guérit en consommant du jus de citron. En 1796, le médecin britannique Edward Jenner invente le principe de la vaccination comme traitement préventif de la variole. Ses travaux ouvrent la voie à la découverte des mécanismes de l’immunité.
| 2. | Des théories controversées |
Au xviiie siècle, les théories opposées des vitalistes et des mécanistes cohabitent ; la première est représentée par le médecin et chimiste germanique Georg Ernst Stahl, qui croit que l’âme est le principe vital contrôlant le développement du corps, la seconde menée par le médecin germanique Friedrich Hoffmann (1660-1742), qui considère le corps comme une machine et la vie comme un processus mécanique. Le médecin britannique William Cullen (1710-1790) attribue la maladie à un excès ou à une déficience de l’énergie nerveuse.
La fin du xviiie et au début du xixe siècle voient également le développement de diverses autres théories dont la science a depuis démontré l’aberration. Parmi elles, la phrénologie, formulée par les médecins germaniques Johann Kaspar Spurzheim (1776-1832) et Franz Joseph Gall, prétend déterminer les aptitudes mentales d’un individu en fonction des bosses que forme la surface de son crâne. La théorie du magnétisme animal développée par le médecin autrichien Franz Mesmer suppose l’existence d’une force magnétique capable d’exercer une influence puissante sur le corps humain.
Dans le domaine des médecines alternatives, le médecin allemand Samuel Hahnemann invente le concept de l’homéopathie au cours de la seconde moitié du xviiie siècle (il publie le résultat de ses travaux en 1819, sous le titre l’Organon de l’art de guérir). Il met l’accent sur l’administration de très faibles doses de substances choisies selon la « loi de similitude » (qui dit qu’une substance toxique, à faible dose, est capable de guérir des symptômes semblables à ceux qu’elle provoque à forte dose chez un sujet sain).
| 7. | Médecine du xixe siècle |
De nombreuses découvertes du xixe siècle conduisent à des avancées importantes dans le domaine du diagnostic, du traitement des maladies et de la chirurgie. Le diagnostic des troubles pulmonaires connaît ainsi un progrès important grâce à la publication, en 1808, de la Nouvelle méthode pour reconnaître les maladies internes de la poitrine par la percussion de cette cavité ; traduit par Jean-Nicolas Corvisart (1755-1821, médecin personnel de Napoléon Bonaparte), ce traité avait été publié en 1761 par le médecin autrichien Leopold Auenbrugger von Auenbrugg (1722-1809), mais sa diffusion était restée très confidentielle. En 1819, le médecin français René Laennec invente le stéthoscope toujours en usage aujourd’hui ; Thomas Addison, par ses travaux, est le fondateur de l’endocrinologie. La période est aussi à la description de maladies, qui prennent souvent le nom du scientifique qui les a étudiées ; ainsi Thomas Hodgkin (1798-1866) décrit une maladie maligne du tissu lymphatique appelée aujourd’hui maladie de Hodgkin, tandis que le chirurgien James Parkinson dépeint le tableau clinique de la maladie de Parkinson.
| 1. | Découvertes européennes |
La médecine est redevable aux universités allemandes pour les découvertes scientifiques qu’elles ont réalisées. Le développement, par le botaniste allemand Matthias Schleiden, de la théorie cellulaire est d’une importance fondamentale ; examinant les plantes au microscope, il émet l’hypothèse qu’elles sont constituées d’unités fondamentales, les cellules, et que la croissance des plantes est assurée à la multiplication de ces cellules. Sa théorie est ensuite complétée par l’anatomiste et physiologiste allemand Theodor Schwann qui applique ces observations aux animaux ; leurs travaux établissent ainsi que la cellule est l’unité de base de tous les êtres vivants. Les travaux de l’anatomiste et physiologiste français Xavier Bichat sur l’étude systématique des tissus humains fondent la base de l’histologie. Le baron Karl von Rokitansky (1804-1878), pathologiste et médecin autrichien qui a effectué plus de trente mille autopsies, est le premier à détecter l’origine bactérienne de l’endocardite. Parmi les grands fondateurs de la pathologie microscopique, on trouve Theodor Schwann, le physiologiste et neurologiste allemand Robert Remak (1815-1865), le physiologiste de Bohême (aujourd’hui République tchèque) Jan Evangelista Purkinje, l’anatomiste et physiologiste suisse Albert von Kölliker (1817-1905) et le pathologiste et anatomiste allemand Friedrich Gustav Jacob Henle (1809-1885). En Allemagne, le biologiste estonien Karl Ernst von Baer (1792-1876) mène des recherches en embryologie qui ont permis la découverte de l’ovule humain. Enfin, le biologiste allemand Rudolf Virchow (1821-1902) établit une théorie selon laquelle la cellule serait le siège des maladies.
| 2. | La théorie des germes |
Les premières études du chimiste et microbiologiste français Louis Pasteur sur la fermentation sonnent le glas de la théorie de la génération spontanée ; le savant postule que l’origine et le développement des maladies sont comparables à la fermentation en ce que les maladies sont provoquées par des germes externes. En 1876, Robert Koch, qui réalise les premières cultures de bactéries sur milieu nutritif artificiel, comprend qu’une bactérie est responsable de la maladie du charbon. Les travaux du médecin et auteur américain Oliver Wendell Holmes (1809-1894) sur la fièvre puerpérale jouent également un rôle important dans le développement de la théorie des germes. Ceux de l’obstétricien hongrois Ignác Fülöp Semmelweis montrent que le taux de mortalité périnatale est lié à des agents infectieux transmis par les mains non lavées des médecins.
La bactériologie prend son essor et, en quelques décennies, les germes de maladies graves comme l’anthrax, la diphtérie, la tuberculose, la lèpre et la peste sont isolés.
| 3. | Bactériologie et chirurgie |
L’un des premiers bactériologistes est le physiologiste allemand Edwin Klebs (1834-1913), qui identifie le bacille responsable de la diphtérie, effectue des recherches sur l’anthrax et la malaria et cultive le bacille de la tuberculose bovine. Le bactériologiste allemand Friedrich Löffler (1852-1915) découvre la bactérie responsable de la gonorrhée, tandis que le médecin norvégien Gerhard Henrik Hansen (1841-1912) découvre le bacille de la lèpre, appelée aussi, pour cette raison, maladie de Hansen. La méthode d’immunisation par injection d’un virus atténué mise au point par Louis Pasteur est utilisée avec succès pour le traitement de la rage, tandis que le bactériologiste allemand Emil Adolph von Behring (1854-1917), en collaboration avec le japonais Shibasaburo Kitasato (1853-1931), découvre les antitoxines et produit des sérums immunisants contre la diphtérie et le tétanos. Le bactériologiste russe Ilia Metchnikoff est le premier à démontrer le rôle immunitaire des globules blancs sanguins (processus de phagocytose).
La chirurgie bénéficie largement du développement de la théorie des germes. Le chirurgien et biologiste britannique Joseph Lister adopte l’utilisation de phénol comme agent antiseptique avec pour résultat une baisse importante de la mortalité consécutive à l’infection des plaies. La stérilisation des instruments chirurgicaux marque le début de l’ère de la chirurgie aseptique. Un autre grand progrès de la chirurgie est issu de la découverte des anesthésiques.
| 4. | Physiologie |
Avec les progrès de la physique et de la chimie, la physiologie progresse beaucoup au cours du xixe siècle. Le chimiste allemand Justus von Liebig, qui a développé des méthodes analytiques de chimie organique, étudie la chimie des aliments et le métabolisme. Le physiologiste Hermann von Helmholtz calcule la vitesse de l’influx nerveux et étudie les réflexes. Le physiologiste français Claude Bernard, considéré comme le fondateur de la médecine expérimentale, fait d’importantes découvertes sur les fonctions du pancréas, du foie et du système nerveux sympathique. Ses travaux sur l’interaction entre les systèmes digestifs et vasculaires sont ensuite développés par le physiologiste russe Ivan Pavlov. Ce dernier met également en évidence le réflexe conditionné qui est à la base du béhaviorisme.
Parmi les autres physiologistes du xixe siècle, il convient de citer le médecin franco-américain Charles Édouard Brown-Séquard, qui explore l’activité des glandes du système endocrinien, et Carl Friedrich Wilhelm Ludwig (1816-1895), un physiologiste allemand qui étudie les activités rénales et cardiaques. Les travaux de l’histologiste espagnol Santiago Ramón y Cajal, qui décrit la morphologie des neurones et leurs processus de connexion, apportent de nouvelles connaissances sur la structure fine du système nerveux.
Enfin, les rayons X, découverts par le physicien allemand Wilhelm Conrad Röntgen, constituent une aide importante au diagnostic. La découverte du radium par les physiciens français Pierre et Marie Curie permettra, ultérieurement, le traitement de certaines formes de cancer par radiothérapie.
En 1803, le biologiste américain John Richardson Young (1782-1804) décrit le processus de formation de l’acide gastrique au cours de la digestion. Trente ans plus tard, le chirurgien américain William Beaumont (1785-1853) publie ses études remarquables sur les sucs gastriques et la physiologie de la digestion. Dans le domaine de la gynécologie opératoire, le médecin et chirurgien américain Ephraim McDowell (1771-1830) réalise la première ablation chirurgicale d’une tumeur ovarienne.
En 1900, le médecin, chirurgien et bactériologiste militaire américain Walter Reed (1851-1902) et ses collaborateurs, à la suite d’une suggestion du biologiste cubain Carlos Juan Finlay, montrent que la fièvre jaune est transmise par la piqûre d’un moustique, juste quelques années après que le médecin britannique Ronald Ross a démontré le rôle du moustique comme vecteur du parasite du plasmodium.
| 8. | Médecine des xxe et xxie siècles |
Au xxe siècle, de nombreuses maladies infectieuses sont vaincues grâce aux vaccins, aux antibiotiques et à l’amélioration des conditions de vie. Le cancer devient une maladie plus courante, et une des premières causes de mortalité, mais les traitements, qui combattent efficacement certaines formes de la maladie, se développent. La recherche fondamentale progresse également beaucoup. Des découvertes importantes sont réalisées dans de nombreux domaines, spécialement en ce qui concerne les bases de la transmission des caractères héréditaires ainsi que les mécanismes chimiques et physiques du fonctionnement cérébral.
| 1. | Génétique |
L’une des découvertes fondamentales du xxe siècle est la compréhension de la transmission des caractères héréditaires. Une avancée importante, réalisée par Oswald Theodore Avery et ses collaborateurs dans les années 1940, montrent que les caractères génétiques peuvent passer d’une bactérie à une autre grâce à une substance appelée acide désoxyribonucléique (ADN). En 1953, le physicien anglais Francis Harry Compton Crick et le biologiste américain James Dewey Watson proposent une structure en double hélice pour l’ADN permettant d’expliquer le transport de l’information génétique. Le biochimiste américain Marshall Warren Nirenberg apporte les détails essentiels de ce schéma dans les années 1960, et le biochimiste américain d’origine indienne Har Gobind Khorana réalise la synthèse d’un gène en 1970. À la fin des années 1970, les scientifiques développent des méthodes capables d’altérer les gènes. Ces procédés, et ceux du même type, constituent l’ingénierie génétique. Ils ont été appliqués à la production de grandes quantités de substances humaines pures, comme les hormones et l’interféron.
| 2. | Chirurgie |
Au cours de la seconde moitié du xxe siècle, des opérations particulièrement délicates sont réalisées. En 1962, un bras complètement coupé au niveau de l’épaule est réimplanté, pour la première fois, avec succès. Des procédures courantes et moins spectaculaires concernent la greffe de doigts et d’orteils amputés accidentellement. Cette chirurgie réparatrice a été rendue possible par les microscopes opératoires grâce auxquels les chirurgiens peuvent suturer et raccorder les nerfs et les vaisseaux. Des articulations synthétiques de la hanche permettent aux personnes atteintes d’arthrite de marcher à nouveau. L’insuffisance rénale, autrefois fatale, est couramment traitée, soit par une transplantation de rein, soit par un traitement au long cours par un rein artificiel (dialyse). En 1975, un grand essai expérimental montre que les diabétiques porteurs de lésions des vaisseaux oculaires peuvent être sauvés de la cécité par un traitement au rayon laser. Certains cas graves d’épilepsie sont actuellement guéris en résorbant la région cérébrale responsable avec une sonde réfrigérante à l’azote liquide.
Les années 2000 ont vu la réalisation de plusieurs opérations remarquables constituant chacune dans leur domaine des premières mondiales. C’est ainsi qu’en 2000, en France, une équipe de dix-huit chirurgiens, dirigée par le Français Jean-Michel Dubernard (1941- ) et de l’Australien Earl Owen, réalise la première greffe des deux mains. En juillet 2001 est greffé sur un patient au États-Unis le premier cœur artificiel autonome puis, en septembre 2001, a eu lieu la première opération chirurgicale effectuée à distance par l’intermédiaire d’un robot — pour cette ablation de la vésicule biliaire, le chirurgien se trouve à New York, à 7 500 km de sa patiente, hospitalisée au CHU de Strasbourg. En novembre 2005, une équipe dirigée par les Français Bernard Devauchelle et Jean-Michel Dubernard, tente et réussit la première greffe partielle de visage.
| 3. | Lutte contre les maladies infectieuses |
De nombreuses maladies infectieuses ont été vaincues au xxe siècle grâce à l’amélioration du système sanitaire, aux antibiotiques et aux vaccins. Le traitement des infections par des médicaments spécifiques commence avec la découverte par le médecin allemand Paul Ehrlich de l’arsphénamine, un composé contenant de l’arsenic, comme traitement de la syphilis. En 1932, le biologiste allemand Gerhard Domagk démontre l’efficacité du colorant prontosil rubrum contre les infections à staphylocoque. La découverte du principe actif du prontosil, la sulfanilamide, conduit à la synthèse des sulfonamides antibiotiques. La purification de la pénicilline en 1938 par les biochimistes britanniques Howard Florey et Ernst Chain suit de dix ans la découverte par Alexander Fleming de l’activité antibiotique de germes des moisissures Penicillium notatum. La survenue de la Seconde Guerre mondiale conduit à une production immédiate et à grande échelle de la pénicilline, épargnant ainsi de nombreuses vies humaines.
Un antibiotique spécifique contre la tuberculose, la streptomycine, est également découvert. La lèpre est traitée efficacement par des médicaments appelés sulfones, et le paludisme par des dérivés chimiques de la quinine, extraite de l’écorce du quinquina. Les médicaments antiviraux restent encore rares, si bien que les vaccins sont souvent le seul rempart contre les maladies virales. Parmi les premiers vaccins figure celui contre la variole, découvert par Edward Jenner en 1796 ; celui contre la fièvre typhoïde développé par le bactériologiste britannique Almroth Wright (1861-1947) en 1897 ; celui contre la diphtérie mis au point en 1923 ; celui contre le tétanos découvert dans les années 1930.
Une avancée décisive dans la préparation des vaccins survient dans les années 1930 avec le développement, par les microbiologistes américains John Franklin Enders (1897-1958) et Frederick Chapman Robbins (1916-2003), d’une méthode permettant de faire croître des virus dans des cultures tissulaires. Cela permet le développement des vaccins contre la fièvre jaune, la poliomyélite, la rougeole, les oreillons et la rubéole. Au début des années 1980, l’ingénierie génétique donne naissance aux vaccins contre l’hépatite B, la grippe, l’herpès simplex et la coqueluche.
Toutefois, la lutte contre les maladies infectieuses devient plus difficile dans la seconde partie du xxe siècle. La médecine se trouve en effet confrontée à deux grands types de phénomènes préoccupants : d’une part l’apparition de résistances des bactéries aux antibiotiques ou des parasites — notamment le plasmodium responsable du paludisme — aux antiparasitaires(un phénomène qu’elle a elle-même généré par l’utilisation massive de ces derniers) ; d’autre part à tout un ensemble de maladies émergentes ou réémergentes, telles la légionellose, la fièvre Ebola ou encore le sida.
| 4. | Immunologie |
Jusqu’au xxe siècle, les connaissances sur le système immunitaire sont limitées. On connait principalement sa production d’anticorps en réponse à une infection ou à une immunisation. Au cours des années 1930, l’immunologiste allemand Karl Landsteiner montre la spécificité des réactions des anticorps. Les scientifiques découvrent également qu’il existe une variété infinie de molécules d’anticorps (ou immunoglobulines). Le rôle de l’immunoglobuline E est démontré dans la survenue des réactions allergiques, et, dans les années 1950, la structure générale des immunoglobulines a été déchiffrée.
Il est mis en évidence que le système immunitaire est responsable des réactions dues au facteur rhésus lors des accouchements, ainsi que des échecs lors des greffes. Ces observations conduisent au développement d’un antisérum qui élimine efficacement la réaction due au facteur rhésus, ainsi qu’à l’utilisation de médicaments capables de neutraliser temporairement le système immunitaire pour lutter contre les rejets de greffe (traitements immunosuppresseurs). La formation d’anticorps est aussi reconnue responsable des réactions aux transfusions sanguines. Le typage du sang, qui permet de déterminer les groupes sanguins, fait de la transfusion une procédure sûre et largement répandue.
Au cours de la seconde moitié du xxe siècle, les scientifiques découvrent une composante importante du système immunitaire, appelée immunité cellulaire, qui est constituée par les lymphocytes. Cette découverte a permis, notamment, de corriger des déficiences immunitaires héréditaires en réalisant des injections de cellules sanguines prélevées dans la moelle osseuse de proches parents.
| 5. | Radiologie |
Au cours de la seconde moitié du xxe siècle, l’imagerie médicale s’enrichit de nouvelles méthodes et techniques qui permettent une exploration de plus en plus fine du corps humain et de ses éventuelles lésions ou pathologies internes : s’ajoutent ainsi à la radiologie par rayons X (découverts en 1895), la détection des rayons gamma émis par une substance radioactive administrée au malade, l’IRM (imagerie par résonance magnétique), la tomographie par émission de positrons (obtention d’images en coupes fines), la scanographie ou tomodensitométrie (technique tomographique et numérique), l’échographie (réflexion d’ultrasons par les organes), l’endoscopie, etc.
| 6. | Neurologie |
Le cerveau est l’une des dernières parties du corps humain à être explorée scientifiquement. Au xixe siècle, le neuroanatomiste Santiago Ramón y Cajal a utilisé des colorants chimiques à base de sels argentiques pour décrire l’anatomie du cerveau. Au début du xxe siècle, le neurochirurgien américain Wilder Graves Penfield stimule diverses parties du cerveau de ses patients au cours d’interventions chirurgicales. Il montre que les diverses fonctions musculaires et émotionnelles résident dans des aires cérébrales distinctes. Par ailleurs, l’étude des personnes chez qui les hémisphères cérébraux droit et gauche ont été séparés par une blessure montre que chaque moitié de cerveau est relativement spécialisée. Le développement de dispositifs d’imagerie sophistiqués permet aux chercheurs de déterminer les parties spécifiques du cerveau qui contrôlent l’audition, la parole et les mouvements des membres.
De la même façon, des découvertes importantes sont faites sur le fonctionnement des nerfs. La théorie des transmetteurs chimiques (neurotransmetteurs), développée au xxe siècle, établit que le passage de l’influx nerveux d’un neurone à un autre se fait par le biais de signaux électriques et chimiques. On découvre également qu’une région particulière du cerveau, l’hypothalamus, contrôle de nombreuses fonctions physiologiques en sécrétant des hormones qui influencent l’activité de l’hypophyse. Ces travaux des endocrinologistes américains Roger Guillemin (1924- ) et Andrew Victor Schally (1926- ) montrent qu’il existait un lien entre les émotions et la biochimie. Dans le domaine médical, les premiers traitements de maladies neurologiques telles l’épilepsie et la maladie de Parkinson apparaissent.
| 7. | Traitement des maladies mentales |
Au début du xxe siècle, il n’existe aucun traitement contre les maladies mentales. Comme c’est le cas depuis le xviiie siècle, les personnes qui en souffrent sont traitées par l’enfermement, dans des asiles spécialisés dont les conditions s’avèrent bien souvent plus inhumaines et cruelles que thérapeutiques (en 1925, le journaliste Albert Londres écrit dans Chez les fous, un reportage réalisé dans les asiles français : « Les trois quarts des asiles sont préhistoriques, les infirmiers sont d’une rusticité alarmante, le passage à tabac est quotidien » ; « Camisoles, ceintures de force, cordes coûtant moins cher que les baignoires, on ligote au lieu de baigner ».).
Les théories proposées par Sigmund Freud comptent parmi les premières tentatives de compréhension des dysfonctionnements de la personnalité, mais les méthodes de la psychanalyse inventées par Freud et modifiées par ses successeurs ne sont pas adéquates en cas de psychose sévère.
Les premiers traitements médicaux utilisés en psychiatrie pour tenter de soulager les maladies mentales sont fondées sur l’idée (erronée) que ces dernières sont dues à des anomalies physiologiques du cerveau : ce sont la lobotomie (1935), aux effets le plus souvent désastreux (elle aboutit la plupart du temps à une véritable destruction de la personnalité du patient) et les électrochocs (1938). La découverte, en 1952, du premier neuroleptique (la chlorpromazine) aux effets antipsychotiques et antischizophréniques, suivie par la mise au point, en 1957, des premiers antidépresseurs, conduit à l’abandon total de la lobotomie à la fin des années 1960. En revanche, le traitement par électrochocs, ou ECT (aujourd’hui administré sous anesthésie générale), a montré une certaine efficacité dans le traitement des dépressions profondes et chroniques ou des cas sévères de schizophrénie ; il n’est toutefois proposé que lorsqu’aucun traitement médicamenteux n’a eu d’effet.
| 8. | Lutte contre les maladies cardio-vasculaires |
Les maladies cardio-vasculaires représentent la cause principale de décès dans les pays occidentaux. Cependant, de grand progrès ont été faits dans leur diagnostic et leur traitement. Le diagnostic a été amélioré par la technique de cathétérisme cardiaque qui permet de mesurer la pression dans les diverses cavités du cœur, et par l’angiographie, un procédé par rayons X qui permet de visualiser les régions atteintes. De nouveaux dispositifs d’imagerie permettent de faire une estimation de l’étendue des dommages cardiaques après un infarctus et de mesurer l’efficacité de la pompe cardiaque. Parmi les nombreux médicaments disponibles, une des classes les plus importantes est représentée par des antagonistes du système nerveux sympathique. Ces médicaments sont utilisés pour traiter l’angine de poitrine (une douleur pectorale due à un rétrécissement des artères coronaires), les troubles du rythme cardiaque et l’hypertension.
Les progrès de la chirurgie permettent aujourd’hui la dérivation des portions rétrécies de veines ou d’artères à l’aide de greffes, le remplacement de valvules endommagées et la correction de nombreuses malformations cardiaques congénitales. Les transplantations cardiaques sont pratiquées depuis de nombreuses années. Les progrès de la prévention des maladies cardio-vasculaires sont associés à une prise de conscience et une meilleure compréhension des risques potentiels que constituent le tabac, le stress, l’hypertension artérielle et un taux de cholestérol sanguin élevé. Depuis le milieu des années 1920, le monde occidental a connu un déclin continu des décès causés par les maladies cardio-vasculaires. Ce déclin a été attribué à des changements dans les habitudes alimentaires, au contrôle médical de l’hypertension et à l’augmentation de l’exercice physique.
| 9. | Vitamines et hormones |
Depuis l’introduction en 1912 du terme de vitamine par le biochimiste américain d’origine polonaise Casimir Funk, un grand nombre de vitamines ont été isolées et leurs fonctions nutritionnelles définies. Elles constituent, à présent, le traitement incontournable de la pellagre, du béribéri, du rachitisme et d’autres maladies dues à des carences alimentaires.
Avec une meilleure connaissance des glandes endocrines, les scientifiques ont pu isoler de nombreuses hormones. L’extrait thyroïdien est devenu un traitement efficace de l’hypothyroïdie congénitale et du myxœdème. L’isolement à partir du pancréas de sa sécrétion endocrine, l’insuline, a joué un rôle important dans le traitement du diabète. Elle a été découverte en 1923 par les médecins canadiens Frederick Banting et Charles Best. La synthèse d’hormones reproductrices de l’homme telle la testostérone, et de la femme tels les œstrogènes, a rendu possible le traitement de certains troubles de la reproduction. Les glandes surrénales sécrètent l’adrénaline, un puissant vasoconstricteur, isolée par le chimiste américain d’origine japonaise Jokichi Takamine (1854-1922) en 1901. Dans les années 1940, le médecin canadien Hans Selye (1907-1982) montre que cette molécule est le médiateur des réactions de stress. En 1943, l’hormone ACTH est extraite du lobe antérieur de l’hypophyse, qui régule l’activité d’autres glandes endocrines. En 1946, la cortisone, produite par les glandes surrénales, est synthétisée.
| 10. | Cancer |
C’est en grande partie à cause du vieillissement de la population que le taux de décès dû aux cancers est en augmentation. Aux États-Unis, par exemple, il est passé d’environ 4 % en 1900 à près de 20 % au début des années 1980. Ce processus pathologique n’est pas complètement élucidé mais on en connaît certaines causes favorisantes (tabagisme, exposition à certaines substances par exemple). Le diagnostic précoce de cette maladie permet de réduire efficacement le nombre de décès. Initialement, le traitement principal était constitué par la radiothérapie mais, dans les années 1960, des traitements médicamenteux ont été mis en œuvre (chimiothérapie).
| 11. | Grossesse et naissance |
Un grand progrès est fait dans la contraception avec l’apparition de dispositifs intra-utérins (stérilets) dans les années 1950 et avec le développement des contraceptifs oraux (« pilules ») en 1960, notamment par le biologiste américain Gregory Pincus (1903-1967).
Depuis 1975, les médecins sont capables de diagnostiquer les maladies congénitales ou héréditaires avant la naissance (c’est le diagnostic prénatal). Des échantillons de liquide amniotique ou de sang fœtal peuvent être prélevés afin de déterminer la présence de maladies sanguines héréditaires, de la trisomie 21, d’atteintes de la moelle épinière et d’autres maladies congénitales grâce à l’amniocentèse. Le sexe de l’enfant peut également être connu à l’avance grâce à l’échographie.
De grands progrès ont aussi été faits dans le développement des techniques d’insémination artificielle. Depuis le début des années 1980, de nombreux couples ont pu bénéficier des diverses méthodes de fécondation in vitro (« bébés éprouvettes ») ou de transplantation d’ovules fécondés.
| 12. | Éthique médicale |
Les progrès de la médecine font dans certains cas surgir des problèmes éthiques, tels ceux posés par l’acharnement thérapeutique, l’interruption volontaire de grossesse, les diagnostics préimplantatoire et prénatal ou encore la mise au monde de « bébés-médicaments » : voir éthique médicale.