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Gruber, Francis (1912-1948), peintre français dont l’expressionnisme torturé « à la française » a inspiré le courant misérabiliste (Bernard Buffet) au début des années cinquante.
Né à Paris, Francis Gruber, qui peint dès 1925, connaît la célébrité alors qu'il est âgé de dix-huit ans à peine, avec l'exposition de ses tableaux aux salons d'automne et des Tuileries. Si ses premières toiles (1929-1932) sont l'expression bigarrée de la fête et d'une vie tumultueuse, représentant des kermesses bruyantes et colorées, le style de l'artiste change à partir de 1935, quand il tombe gravement malade.
Conseillé au début de sa carrière par Georges Braque, Roger Bissière et Othon Freisz, Gruber retient surtout l'influence de Giacometti, qu'il rencontre en 1938. Il peint désormais, dans un style expressionniste fantastique et tragique, un univers allégorique hanté par le spectre de la guerre et de la mort. Utilisant des toiles de très grand format, Gruber représente des personnages hiératiques et longilignes, figés dans un monde désolé, une nature hostile et tourmentée, peuplée d'animaux empaillés, ou des pièces au décor dépouillé, dans des tons froids dominés par le vert et le gris, où parfois des touches de rouge ou de bleu viennent agresser le regard (Nu au gilet rouge, 1944). Le trait incisif de Gruber circonscrit des contours durs et des formes cassées, qui chargent ses sujets d'une pathétique vérité aux accents passionnels, figurant la tension dramatique qui s'est créée entre l'artiste et le monde, comme si celui-ci lui avait définitivement échappé (Job, 1944).