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jazz-rock, style musical appartenant à l’histoire des musiques populaires, popularisé à partir de la fin des années 1960 et caractérisé par un croisement entre le jazz et le rock. Dans le sillage du free jazz, mouvement de remise en cause des schémas traditionnels, musicaux autant que culturels, le jazz-rock s’appuie sur une démarche d’ouverture, sinon de renouveau. La dynamique rythmique du rock se frotte aux complexes progressions harmoniques et mélodiques du jazz ; grâce à des musiciens souvent virtuoses, l’un se fait musique « savante », tandis que l’autre se déleste de sa dimension élitiste pour devenir plus immédiatement accessible.
Les origines du jazz-rock remontent à la seconde moitié des années 1960. Si le rock, techniquement limité, s'ouvre plus lentement aux influences du jazz à cette époque, le jazz pour sa part intègre alors plus facilement des éléments rock, notamment en substituant à ses propres instruments acoustiques la guitare électrique, la basse électrique et le clavier, empruntés au rock. Le groupe The Free Spirits, trio mené par le guitariste Larry Coryell, propose ainsi dès 1966 un album (Out of Sight and Sound) dont les sonorités, plus que les compositions elles-mêmes, évoquent celles du rock. Un an plus tard, Jeremy and the Satyrs (1968), du flûtiste Jeremy Steig, mêle à son jazz des éléments rock, mais aussi blues et soul. D'autres groupes pionniers, mus par les mêmes envies d’élargissement « électrique » de leur spectre musical, se font jour à la même époque : le quartette du vibraphoniste Gary Burton, le quintette de John Handy, le groupe Fourth Way du pianiste Mike Nock, le quintette du saxophoniste Charles Lloyd, le groupe Dreams des frères Brecker ou, moins élitiste, le groupe Blood, Sweat & Tears d’Al Kooper. En 1968, le trompettiste Miles Davis, sur son album Miles in the Sky, accueille les interventions électriques du pianiste Herbie Hancock au clavier et du guitariste George Benson ; In A Silent Way (1969) prolonge cette expérience. D’autres encore, comme le groupe britannique Soft Machine, proposent à la fin des années 1960 un jazz teinté de rock qui se constitue même en courant, celui du « rock de Canterbury » (du nom de la ville anglaise du Kent d’où est également originaire le groupe Caravan). Enfin, à la même époque, et comme dans un mouvement inverse, les longues improvisations du groupe de rock psychédélique The Grateful Dead se ressentent, quant à elles, d'influences jazz.
Deux albums signent toutefois véritablement l'acte de naissance du jazz-rock. Enregistré essentiellement en août 1969, Bitches Brew réunit, sous la direction musicale de Miles Davis, les musiciens les plus avant-gardistes du moment : le guitariste électrique John McLaughlin, le saxophoniste Wayne Shorter, le clarinettiste Bennie Maupin, les claviéristes Joe Zawinul, Chick Corea et Larry Young, les bassistes électriques et contrebassistes Harvey Brooks et Dave Holland, les batteurs Lenny White et Jack DeJohnette. En proposant, sous le couvert de longues improvisations d'une vingtaine de minutes, des ambiances psychédéliques dont les ressorts touchent au rock mais aussi au funk naissant de Sly and the Family Stone et de James Brown, Miles Davis trace les contours d'un « jazz-rock » qui s'épanouit tout au long de la décennie suivante, sous l'impulsion de chacun de ses musiciens qui, en solo ou dans d’autres groupes, poussent le genre dans ses derniers retranchements. Également enregistré en août 1969, Hot Rats de Frank Zappa est considéré comme l'autre album fondateur du jazz-rock : aux structures complexes des compositions, sur lesquelles interviennent les violonistes « Sugar Cane » Harris et Jean-Luc Ponty, qui électrisent leurs instruments sur les conseils de Frank Zappa, s'ajoutent des sonorités rock comme sur le titre « Willie The Pimp », parcouru d'un long solo de guitare électrique à la pédale wah-wah (effet d’altération du signal sonore visant à imiter la voix humaine).
Dans le sillage de ces deux albums fondateurs, les années 1970 s’imposent comme l’âge d’or du jazz-rock. Miles Davis continue à mener son exploration des sonorités rock, voire blues (A Tribute To Jack Johnson, 1971), funk (On the Corner, 1972) et même hard rock (l’influence de Jimi Hendrix sur Agharta et Pangaea en 1975). Parallèlement, des « super-groupes » orientent le jazz-rock vers une surenchère de complexité orchestrale et de virtuosité technique (parfois menacée de complaisance) : The Mahavishnu Orchestra (Birds of Fire, 1972, avec le guitariste John McLaughlin), Return To Forever (Romantic Warrior, 1976, avec Chick Corea) ou encore The 11th House (Introducing Larry Coryell & The 11th House, 1972). Conduit par le claviériste Joe Zawinul et le saxophoniste Wayne Shorter, le groupe Weather Report, ouvert aux sonorités africaines et latino-américaines, est un autre « géant » du genre, qui accueille en son sein, pendant quelques années, l’exceptionnel bassiste Jaco Pastorius (Heavy Weather, 1977). La virtuosité des différents intervenants est d'ailleurs telle que des groupes se constituent même autour de musiciens traditionnellement peu habitués au rôle de leader, comme les bassistes (Jaco Pastorius [Jaco Pastorius, 1976] ou Stanley Clarke [School Days, 1976]) et les batteurs (Tony Williams et son groupe Lifetime ou Billy Cobham [Spectrum, 1973]).
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