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Présentation ; De George Russell à Kind of Blue ; Le trio Evans-LaFaro-Motian ; De la dépression à un apaisement relatif ; Dernier trio
Evans, Bill (1929-1980), pianiste, chef d’orchestre et compositeur de jazz américain. L’histoire du jazz peut se lire à travers l’évolution stylistique de quelques pianistes ; ainsi, Scott Joplin et le ragtime, Earl Hines et le « trumpet-piano-style », Bud Powell et le be-bop, Bill Evans, enfin, et ses conceptions du trio piano-contrebasse-batterie. Depuis le début des années soixante, aucun autre pianiste que ce dernier n’aura exercé autant d’influence sur les générations suivantes ; nombreux sont les grands interprètes actuels (que ce soit Herbie Hancock, Chick Corea, Keith Jarrett, Steve Kuhn ou Michel Petrucciani) qui reconnaissent en lui un incontestable novateur, voire un maître.
Né dans une famille mélomane, d’origine russe par sa mère, Bill Evans — de son vrai prénom, William — montre très tôt des dispositions pour la musique ; il apprend le violon à l’âge de six ans, puis étudie la flûte et le piano. Après des études musicales classiques pendant quatre ans, il développe son attirance pour le jazz, obtient des engagements dans des orchestres de danse dont celui de Jerry Wald, étudie l’harmonie, la composition, analyse les œuvres de Bach et de Maurice Ravel, accompagne une chanteuse comme Lucy Reed. En 1956, il rencontre le compositeur George Russell, auteur d’une thèse sur « le concept lydien d’organisation tonale », qui l’initie à la musique modale. Evans joue dans son Jazz Workshop, participe aux formations du clarinettiste Tony Scott et enregistre son premier disque (en trio avec la contrebasse de Teddy Kotick et la batterie de Paul Motian) : New Jazz Conceptions (septembre 1956), album dans lequel se manifeste déjà l’originalité d’un style aboutissant bientôt à une véritable esthétique. Il entre en 1958 dans le nouveau groupe de Miles Davis (avec Cannonball Adderley et John Coltrane) avec lequel il se produit au festival de Newport, enregistre ensuite Everybody Digs Bill Evans (avec le contrebassiste Sam Jones et le batteur Philly Joe Jones) qu’il considère longtemps comme son disque le plus achevé et qui contient le titre-manifeste « Peace Piece », retrouve le sextette de Miles pour l’élaboration de Kind of Blue, pur chef-d’œuvre d’improvisation modale.
Il entre en studio aux côtés du trompettiste Chet Baker et du saxophoniste alto Lee Konitz puis forme, fin 1959, un trio (avec le jeune contrebassiste virtuose Scott LaFaro et le batteur Paul Motian) où le jeu de ses partenaires est en parfaite et constante interférence avec le sien. Le phrasé en longues séquences, les conceptions harmoniques et rythmiques renouvellent l’art pianistique dans des conversations tripartites où chacun possède un rôle équivalent, où s’émancipe le rôle de la contrebasse qui rompt radicalement avec la tradition du tempo régulier. Sensibilité aiguë, lyrisme grave, « feeling » bouleversant, toucher nuancé, « classique », voicings (façon d’organiser les notes d’un accord) somptueux, telles sont les caractéristiques de ce pianiste transformant des standards soigneusement choisis ou ses propres compositions (il a une prédilection pour les rythmes à trois temps comme « Waltz for Debbie », écrite pour sa nièce) en petites pièces parfaites ; les sessions enregistrées au Village Vanguard le 25 juin 1961 en sont le témoignage.
Très affecté par la mort accidentelle de LaFaro quelques semaines plus tard, il sombre dans la dépression et la drogue, ne reforme un trio qu’en mai 1962 avec le contrebassiste Chuck Israels et toujours Paul Motian, son jeu devenant alors plus introspectif. Il change souvent de partenaires (le contrebassiste Gary Peacock pour le disque Trio 64 ; les batteurs Larry Bunker (Trio 65) et Arnold Wise (At Town Hall, concert où Bill Evans interprète « Turn out the Stars » en hommage à son père qui vient de mourir). Il enregistre en re-recording ou en solo, se produit au festival de Montreux en 1968 avec le contrebassiste Eddie Gomez et le batteur Jack DeJohnette. Son trio devient régulier avec Gomez et le batteur Marty Morell jusqu’en 1974 ; ils sillonnent le monde entier, enregistrent une dizaine de disques, Bill Evans adoptant le piano électrique pour quelques concerts (Montreux III, 1975) et séances de studio. Sous contrat avec le label Fantasy, dirigé et produit par Helen Keane, il semble maintenant apaisé, enregistre deux disques de ballades en duo avec le chanteur Tony Bennett, trois autres en quintette, renoue avec le sur-enregistrement (New Conversations), rend hommage au compositeur Michel Legrand avec « I Will Say Goodbye » et « You Must Believe in Spring », apothéose de son lyrisme (Eliot Zigmund est à la batterie).
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