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Polyphème, nom de deux personnages distincts de la mythologie grecque.
Le Cyclope Polyphème est le fils du dieu de la Mer Poséidon et de la nymphe Thoosa. Parmi tous les Cyclopes, il est tenu comme le plus redoutable. Il vit avec ses congénères sur une île (qu’on pense être la Sicile), à laquelle Homère donne le nom de « terre des Yeux Ronds ». Êtres monstrueux de taille gigantesque, les Cyclopes sont ainsi nommés à cause de leur gros et unique œil au milieu du front. De nature frustre et farouche, ils pratiquent le cannibalisme. Autrefois forgerons au service de Zeus, les Cyclopes décrits par Homère ont perdu cette tradition pour devenir des pasteurs vivant de manière désorganisée. Lors du récit de ses aventures, Ulysse en parle en ces termes :« De là, nous arrivons au pays des Yeux Ronds, brutes sans foi ni loi, qui, dans les Immortels, ont tant de confiance qu’ils ne font de leurs mains ni plants, ni labourage. Chez eux pas d’assemblée qui juge ou délibère […] au creux de sa caverne, chacun, sans s’occuper d’autrui, dicte sa loi à ses enfants et femmes. »
L’épisode d’Ulysse aveuglant le Cyclope Polyphème est raconté par Homère dans le chant IX de l’Odyssée. Le sort met un jour l’île des Cyclopes sur le chemin de retour d’Ulysse vers son île natale, Ithaque, après sa victoire au siège de Troie. Ayant tout d’abord fait étape chez les Cicones en Grèce, Ulysse voit son navire — poussé par des vents contraires —, s’orienter d’abord vers Cythère, dans la mer Égée, puis au sud, vers les côtes libyennes, où habitent les Lotophages. De là, Ulysse poursuit sa route jusqu’à la terre des Yeux Ronds. En vue de l’île, Ulysse souhaite se confronter aux légendaires Cyclopes : « Je veux tâter ces gens et savoir ce qu’ils sont, des Bandits sans justice, un peuple de sauvages ou des gens accueillants qui respectent les dieux. » S’étant munis d’une outre de vin offerte par Maron, lui et quelques-uns de ses compagnons s’approchent par la mer. Ils ne tardent pas à remarquer la caverne de Polyphème, « ombragée de lauriers », reconnaissable entre toutes : « C’est là que notre monstre humain avait son gîte ». Une fois parvenus à la caverne, ils s’y installent, font un feu, festoient, n’hésitant pas pour l’occasion à se servir dans la réserve de fromages du géant. Puis, ils attendent le retour de Polyphème. Le soir même, ils sont faits prisonniers des lieux quand ce dernier, n’ayant pas remarqué leur présence, fait entrer son troupeau et referme derrière lui l’entrée de la grotte à l’aide d’une pierre monumentale. Il s’aperçoit alors de la présence des marins grecs, leur refuse l’hospitalité demandée par Ulysse et dévore aussitôt deux hommes.
Le lendemain au réveil, Polyphème dévore deux autres marins, puis va faire paître son troupeau en scellant la porte derrière lui. Ulysse en profite pour mener à bien le projet qui doit lui permettre d’échapper au monstre. Il commence par dissimuler dans la caverne une branche d’olivier (prélevée sur la massue du monstre) qu’il a préalablement taillée, aiguisée et durcie au feu. Le soir, à son retour, Polyphème dévore deux autres hommes. À la fin de son repas, Ulysse lui propose une écuelle remplie de vin. Le Cyclope, séduit par le breuvage — si fort qu’on l’additionne habituellement d’eau — s’enivre et se montre « bienveillant » envers Ulysse en lui demandant son nom. Ulysse répond : « C’est Personne, mon nom : oui ! mon père et ma mère et tous mes compagnons m’ont surnommé Personne ». « Je te mangerai le dernier ami Personne », répond Polyphème. Rapidement ivre, le géant ne tarde pas à tomber dans un profond sommeil. Ulysse et ses compagnons s’emparent alors du pieu et l’enfoncent dans l’œil de Polyphème. Attirés par ses cris de douleur, les autres Cyclopes accourent et pensent que leur ami est en proie à un délire causé par la maladie et la fièvre, car à la question « Qui t’a crevé l’œil ? », Polyphème répond « Personne ». Ulysse et ses compagnons profitent de la confusion pour se cacher en s’attachant sous le ventre des moutons. Quand le géant, devenu aveugle, fait ensuite sortir ses bêtes, il prend soin de passer sa main sur le dos de chaque animal pour s’assurer qu’aucun marin ne s’y trouve, et ne s’aperçoit donc pas de la fuite de l’équipage. De retour sur son navire, Ulysse l’interpelle avec ironie : « Si quelqu’un te demande qui t’a crevé l’œil, réponds que ce n’est pas Personne mais Ulysse d’Ithaque. » Ayant connaissance d’une prophétie selon laquelle il serait un jour la victime d’Ulysse, Polyphème devient fou de rage d’avoir été dupé de la sorte. Déchaîné, il arrache des bouts de montagne et les projette sur la flotte d’Ulysse, mais en vain. De son navire, le marin continue de narguer le Cyclope et de crier la victoire de sa ruse. Désespéré, le Cyclope implore alors l’aide de son père Poséidon : « […] Fais pour moi [qu’Ulysse] ne rentre jamais au logis […] fais qu’après de longs maux, sur un vaisseau d’emprunt, il n’y rentre privé de tous ses compagnons, que pour trouver encor le malheur au logis !». Poséidon entend la prière de son fils et lui promet de le venger. Cette confrontation entre Polyphème et Ulysse marque pour ce dernier le début d’un long voyage semé d’obstacles et d’épreuves, et amorce ainsi le cycle épique de l’Odyssée.
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