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Holiday, Billie (1915-1959), chanteuse de jazz américaine. Petite fille à l’enfance malheureuse, chaotique, adolescente meurtrie corps et âme, elle deviendra quelques années plus tard « Lady Day » (ainsi que la surnomma son ami fidèle, le saxophoniste Lester Young, comme elle brisé par la vie), la chanteuse à la voix la plus émouvante de l’histoire du jazz qui finira son existence dans le désenchantement et l’autodestruction. Dans Lady Sings the Blues (Lady Sings the Blues-Ma Vie, traduction française, 1991), l’autobiographie publiée trois ans avant sa mort, elle dévoile sans complaisance l’enfer, vécu au quotidien, que la société a construit autour de sa race, de sa classe et de sa condition d’artiste. « Mon père et ma mère n’étaient que deux gosses quand il se marièrent ; il avait dix-huit ans, elle seize ; moi, j’avais trois ans », ainsi commence le livre.
Née dans le ghetto noir de Baltimore, d’un père qui, revenu gazé de la guerre de 1914, abandonne sa femme et d’une mère obligée de partir à New York chercher du travail, la jeune Billie Holiday est confiée à des proches, subit un viol à l’âge de dix ans, entre en maison de redressement pour attitude « provocatrice » et retrouve sa mère en 1928 alors que la crise économique sévit. Arrêtée pour prostitution à quinze ans, elle est envoyée pour quatre mois dans une prison pour femmes. À sa sortie, elle est engagée comme chanteuse au pourboire puis travaille régulièrement jusqu’à ce que le producteur John Hammond la remarque : elle enregistre son premier disque en novembre 1933 avec une formation dirigée par Benny Goodman. Elle passe ensuite dans de nombreux clubs, dont le célèbre Apollo, où on apprécie déjà le sens particulier de son phrasé, une mise en place extrêmement originale et le timbre de sa voix légèrement acidulé. C’est en 1935 qu’elle enregistre ses premiers grands disques avec l’orchestre du pianiste Teddy Wilson puis sous le nom de Billie Holiday and Her Orchestra (« No Regrets », « Billie’s Blues », « Easy to Love », 1936). Engagée un an plus tard, dans l’orchestre de Count Basie, elle y rencontre Lester Young (début de leur amitié qui culmine, du point de vue musical, dans « Trav’lin’ All Alone »). Elle entreprend une série de tournées avec les dix-sept musiciens blancs du clarinettiste Artie Shaw au cours desquelles d’innombrables vexations et humiliations, notamment dans les États du Sud, la révoltent.
En 1939, Billie chante dans un club de Greenwich Village, enregistre son premier « tube », « Strange Fruit » (poème de Lewis Allen, les « fruits étranges sont les corps des noirs lynchés qui pendent aux branches des arbres »), se produit ensuite dans les clubs des grandes métropoles jusqu’en 1943. D’autres succès sont immortalisés, « God Bless the Child » (elle est l’auteur des paroles) et « Lover Man ». À cette époque commence sa dépendance à la drogue en même temps qu’elle sombre dans l’alcoolisme ; on remarque alors sa nouvelle manière de chanter, plus sophistiquée, sa voix devenue plus rauque. De 1944 à 1950, elle enregistre plusieurs disques pour le label Decca, participe au Jazz at the Philarmonic et enregistre avec Louis Armstrong la musique du film New Orleans (1946) dans lequel elle figure. Sa vie privée est un naufrage ; elle est arrêtée plusieurs fois pour usage de stupéfiants et passe quelques mois en prison au cours de l’année 1947. À sa sortie, elle participe à des émissions de télévision, se produit plusieurs fois au Carnegie Hall de New York, tourne en Europe, chante au festival de Newport et enregistre (de 1954 à 1957) pour le label Verve du producteur Norman Granz quelques disques admirables, particulièrement ceux en compagnie de musiciens comme le trompettiste Harry Edison, le saxophoniste Ben Webster, le pianiste Jimmy Rowles (les CD All or Nothing at All, Song for Distingué Lovers, Los Angeles, 1957). Si la voix a changé, la puissance émotionnelle reste intacte, la sensualité toujours présente, le vibrato constamment contrôlé ; elle exprime avec une résignation hautaine sa blessure intérieure, la fêlure de son âme.
Son autobiographie paraît en 1956. Billie Holiday rencontre et s’associe avec le pianiste Mal Waldron pour quelques concerts et enregistrements (At Newport ’57), mais sa santé décline. Au cours de ses dernières apparitions publiques (Paris, Olympia, 1958) elle semble être l’ombre d’elle-même mais ses interprétations sont sublimes, déchirantes, d’un autre monde ; en témoignent les ultimes enregistrements avec l’orchestre de Ray Ellis (dont le CD Lady in Satin, février 1959). Elle chante pour la dernière fois dans un club de Boston (ceux de New York lui sont interdits à cause de ses condamnations) ; très faible, elle rentre le 31 mai à l’hôpital, elle est inculpée pour détention de stupéfiants sur son lit de mort et décède le 17 juillet, cinq mois après Lester Young. « Mais tout ceci, je l’oublierai avec mon homme... », telle est la dernière phrase de son livre. Sur Billie Holiday, on peut également lire les Chants de l’Aube de Lady Day par Danièle Robert.
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