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Présentation ; Une jeunesse militaire ; Rebelle à sa hiérarchie ; L'homme du 18 juin ; Le libérateur de la France occupée ; L'opposant à la IVe République ; La traversée du désert ; L'artisan de la Ve République ; L'indépendance de la France ; Un second septennat difficile
Gaulle, Charles de (1890-1970), général et homme d’État français, chef de la France libre durant la Seconde Guerre mondiale, architecte de la Ve République française dont il a été le premier président (1959-1969).
Charles de Gaulle est né à Lille, dans un milieu traditionaliste et conservateur. Troisième des cinq enfants d’Henri et de Jeanne de Gaulle, il est élevé au sein d’une famille qui vénère le trône, l’autel et la patrie. Son père, professeur dans l’enseignement catholique, dévot et patriote, bien qu’il ait affiché pendant l’Affaire des opinions dreyfusardes, joue un rôle capital dans l’éducation de son fils (qu’il confie aux jésuites) et l’initie à la lecture de Barrès, Bergson, Boutroux et Péguy. De Gaulle s’oriente vers la carrière militaire et est admis en 1908 à Saint-Cyr, d’où il sort classé treizième. Affecté au 33e régiment d’infanterie commandé par le colonel Pétain, il atteint le grade de lieutenant lors de la déclaration de guerre. Blessé à trois reprises, promu capitaine, il se distingue à Verdun. Fait prisonnier à Douaumont le 2 mars 1916, il est interné au fort d’Ingolstadt après plusieurs tentatives d’évasion. Il y entreprend la rédaction de son ouvrage la Discorde chez l’ennemi (publié en 1924). Impatienté par cette longue période d’inaction, désireux de reprendre le service actif dès sa libération, il participe à la guerre de la Pologne contre la Russie soviétique (1920). À son retour, il rencontre Yvonne Vendroux, fille d’industriels de Calais, qu’il épouse le 7 avril 1921. Après son mariage, il est appelé à l’école militaire de Saint-Cyr pour y enseigner l’histoire militaire, et il manifeste dans ces fonctions des dons remarqués de pédagogue. Après sa réussite au concours, il est moins heureux à l’École de guerre, où les idées qu’il soutient face à un corps professoral « verrouillé dans l’esprit de conservation » (d’après la formule de son biographe Jean Lacouture) lui valent des notes relativement médiocres. Il n’est pas admis dans le premier tiers des candidats où sont recrutés les futurs enseignants de l’école et doit se contenter d’un emploi médiocre à l’état-major de l’armée du Rhin, à Mayence.
En 1925, son ancien colonel d’Arras, devenu le maréchal Pétain, l’appelle à son cabinet (il est alors vice-président du Conseil supérieur de la guerre) comme officier rédacteur, chargé d’écrire une histoire du soldat français. Dans la mouvance du très influent patron de l’armée française, l’avenir du capitaine de Gaulle semble prendre un tour favorable. Pétain impose même au commandant de l’École de guerre d’organiser trois conférences de son « protégé » sur la philosophie de la guerre. Mais un différend sépare bientôt de Gaulle de Pétain, qui souhaite apposer sa signature sur l’ouvrage qu’a intégralement rédigé son conseiller, et qui se voit opposer un refus très ferme. Nommé commandant d’un bataillon de chasseurs à pied à Trèves (1927), de Gaulle, définitivement éloigné de Pétain, ne peut obtenir la chaire qu’il briguait à l’École de guerre et est envoyé au Liban où il devient de 1929 à 1931 chef des 2e et 3e bureaux de l’état-major. Il y écrit un livre sur son expérience au Moyen-Orient, Histoire des troupes du Levant. De retour à Paris en 1931, il est affecté au secrétariat général de la Défense nationale, poste qui lui permet pendant près de six ans de participer à tous les débats à propos de la refonte de l’armée française, aux côtés des plus grands chefs militaires et des hommes politiques au pouvoir. C’est à cette époque qu’il se fait connaître par ses écrits militaires qui révèlent ses talents de plume et sa complète opposition aux vues politiques et stratégiques de l’état-major de l’armée française. Il publie le Fil de l’épée en 1932, version rénovée de ses conférences de 1927, dans lequel il trace un autoportrait du chef, et Vers l’armée de métier (1934), ouvrage dans lequel il plaide pour un changement radical de la stratégie française et la création d’unités de « moteurs cuirassés » capables de prendre l’ennemi par surprise et confiées à des militaires professionnels. Proche de la démocratie chrétienne, collaborateur à l’Aube, adhérent au cercle des « Amis de Temps Présent » (catholiques antifascistes et antimunichois), il cherche à rallier le monde politique à ses théories et se lie à Marcel Déat, Léo Lagrange et surtout Paul Reynaud. Les campagnes qu’il mène alors dans la presse et au Parlement en faveur de l’équipement en blindés de l’armée française (conception qui triomphe en Allemagne sous l’autorité du général Heinz Guderian) lui valent de fortes inimitiés dans l’entourage des trois principaux chefs de l’armée, Pétain, Weygand et Gamelin. Nommé à la tête du 507e régiment basé à Metz où il est affublé du surnom de « colonel Motor », il s’aliène le soutien d’un autre chef militaire prestigieux, le général Giraud, gouverneur militaire de la ville, qui se montre un adversaire résolu de l’emploi autonome des chars tel que le préconise de Gaulle. C’est à cette époque que de Gaulle fait paraître la France et son armée, ouvrage dans lequel il reprend de larges extraits de son histoire du soldat écrite en 1925-1926 et qui consomme sa rupture avec le maréchal Pétain. Après l’entrée en guerre de la France contre l’Allemagne nazie, il adresse à quatre-vingts personnalités civiles et militaires un mémorandum intitulé l’Avènement de la force mécanique, dans lequel il critique sévèrement la stratégie définie par le grand état-major (janvier 1940). Nommé à la tête de la quatrième division cuirassée (en cours de formation) alors qu’il n’est encore que colonel, il mène quelques brillantes contre-offensives en mai 1940 (à Montcornet et à Abbeville, notamment), donnant ainsi la preuve que le théoricien de la stratégie militaire peut également être un bon praticien. Promu général de brigade à titre temporaire, il est appelé à Paris le 5 juin 1940 par le président du Conseil Paul Reynaud, qui lui offre le poste de sous-secrétaire d’État à la Défense dans le gouvernement resserré (douze ministres) qu’il dirige. Déterminé avec le président du Conseil à poursuivre la guerre en prévoyant, au besoin, un repli en Afrique du Nord, il rencontre l’opposition des partisans de l’armistice (Pétain, Weygand, Laval) et, après la formation du cabinet Pétain, s’envole pour Londres le 17 juin au matin dans l’avion de sir Edward Spears.
Le 18 juin 1940 vers 20 heures, au micro de la BBC, Charles de Gaulle lance son fameux appel du 18 juin, dans lequel il plaide pour la continuation de la lutte contre les forces de l’Axe aux côtés de la Grande-Bretagne. Rebelle à l’autorité officielle de la IIIe République agonisante dont Philippe Pétain venait de prendre la tête, de Gaulle se consacre dès lors à l’organisation de son Comité de la France libre. Seulement entouré à l’origine de militaires inconnus et de journalistes aventureux, il obtient assez rapidement le soutien de Churchill qui le reconnaît le 7 août 1940 comme « chef des Français libres ». Condamné à mort par le tribunal militaire de Clermont-Ferrand le 2 août 1940, de Gaulle rassemble autour de lui une équipe de militaires (le général Catroux, l’amiral Muselier), d’universitaires (René Cassin), d’hommes politiques (René Pleven) et de journalistes (Maurice Schumann, Geneviève Tabouis). Confronté à l’hostilité du président Roosevelt qui voit en lui un aventurier et cherche à ménager le gouvernement de Vichy, de Gaulle essaie de rallier à sa cause les possessions de l’Empire français, mais échoue lors de sa tentative de débarquement à Dakar à la fin de septembre 1940. Il parvient néanmoins à obtenir le ralliement du Tchad, de l’Afrique-Équatoriale française, de Madagascar et de la Réunion, et constitue le Conseil de défense de l’Empire (octobre 1940). Bien que ne disposant que de très maigres forces militaires, de Gaulle s’emploie, par son attitude, à interdire à ses alliés, Anglais et Américains, de traiter la France libre en légion étrangère, et défend partout où il le peut les intérêts et les positions de la France dans le monde. Parallèlement à son activité internationale, le général de Gaulle entretient un contact constant avec la Résistance intérieure par l’intermédiaire d’un ancien préfet de la IIIe République révoqué par Vichy, Jean Moulin, dont les efforts d’unification de la Résistance aboutissent en 1943 à la création du Conseil national de la Résistance (CNR), qui reconnaît de Gaulle comme chef de la France libre. Soutenu par Staline, de Gaulle est cependant tenu à l’écart du débarquement allié en Afrique du Nord de la fin 1942 où les Alliés anglo-américains nouent d’abord contact avec l’amiral Darlan rallié à leur cause puis, après la mort de celui-ci, avec le général Giraud. Toutefois, après la conférence de Casablanca, une entrevue organisée entre Giraud et de Gaulle aboutit à la création du Comité français de libération nationale (présidé conjointement par les deux hommes avant que de Gaulle n’en devienne quelque temps après le seul président), organisme qui est reconnu en août 1943 par les Alliés comme seul représentant de la France au combat. Dès cette époque, de Gaulle formule, notamment sous l’influence du gouverneur de l’AÉF, Félix Éboué, les nouvelles orientations à donner à la politique coloniale, préconisant le développement autonome et l’intégration des territoires français d’outre-mer dans le cadre de l’Union française, principes que devait consacrer la conférence de Brazzaville en janvier 1944.
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