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Sinatra, Frank (1915-1998), chanteur et comédien américain. Le petit gamin chétif, fils d’émigrés italiens, né Francis Albert Sinatra à Hoboken (New Jersey), est devenu dès le milieu des années quarante le chanteur américain le plus populaire de sa génération, le crooner le plus célèbre. Appelé The Voice (« la Voix »), il est aussi un acteur au remarquable parcours cinématographique.
Sinatra s’intéresse à la musique au cours de son adolescence et, admirateur de Bing Crosby, chante avec l’orchestre de son collège. À vingt ans, il est membre d’un quartette vocal, The Hoboken Four, avec lequel il remporte un concours et se produit en tant que soliste dans un club avant d’être engagé dans le nouvel orchestre du trompettiste Harry James en juin 1939. L’année suivante, il devient le chanteur de la formation du tromboniste Tommy Dorsey, alors surnommé le Sentimental Gentleman of Trombone, qu’il quitte en 1942 afin d’entamer une carrière de chanteur soliste. Frank Sinatra, dit « Frankie », fait un triomphe pour ses débuts au Paramount Theater de New York en décembre 1942, en première partie d’un concert de l’orchestre de Benny Goodman, et détrône bientôt son idole, le « roi des crooners », Bing Crosby, dans le cœur des jeunes filles américaines. Sa carrière prend alors un tournant décisif : contrat d’enregistrements avec la firme discographique Columbia et premiers rôles au cinéma à la Metro Goldwyn Mayer. En 1946, Sinatra vend plusieurs millions de disques par an. Toutefois sa liaison tapageuse, au début des années cinquante, avec l’actrice Ava Gardner, ses relations (supposées) avec la mafia et ses positions politiques libérales, entachent sa notoriété et entraînent la désaffection du public.
C’est grâce à l’oscar du meilleur second rôle masculin qu’on lui décerne en 1953 pour son interprétation dans le film de Fred Zinnemann, Tant qu’il y aura des hommes, que redémarre sa carrière bivalente de musicien et d’acteur. Il signe un contrat avec Capitol qui enregistre pendant sept ans ses succès les plus « jazzy », arrangés par des artistes tels que Nelson Riddle, Billy May, Gordon Jenkins, Johnny Mandel, Quincy Jones ou joués par des orchestres dans lesquels il exige la présence de jazzmen, lorsqu’il n’est pas accompagné par les formations de Count Basie (At the Sands, 1966), Duke Ellington ou Woody Herman sur son propre label créé en 1961. Doté d’une voix de baryton qu’il place à la façon d’un instrumentiste, d’une articulation parfaite et d’un swing présent quel que soit le tempo, Frank Sinatra raconte dans chacune de ses chansons une « histoire » et s’attire l’admiration de grandes figures du jazz comme les saxophonistes Lester Young et Stan Getz. Se succèdent alors concerts, tournées et shows télévisés ; au cinéma, tour à tour séducteur ou looser (« perdant »), il trouve son meilleur rôle dans le film d’Otto Preminger l’Homme au bras d’or (1956), dans lequel il interprète un batteur drogué (il y est doublé à la batterie par Shelly Manne). Il retrouve ses amis de longue date : Dean Martin, Peter Lawford et Sammy Davis Jr. dans les Trois Sergents de John Sturges en 1962. En 1961, il soutient la candidature de John Fitzgerald Kennedy à la Maison-Blanche, se marie en 1966 avec l’actrice Mia Farrow (le mariage dure sept mois), obtient un nouveau grand succès avec sa version de « Comme d’habitude », chanson de Claude François, devenue My Way. Après trente-cinq ans de carrière, il annonce en 1971, son retrait officiel du show-business mais il fait son retour deux ans plus tard. Les tournées le mènent dans le monde entier et il participe à quelques films, incarnant notamment en 1977 le rôle d’un flic en lutte contre la mafia dans Contract on Cherry Street. Après trois ans de silence, il enregistre en 1980 un triple album, Trilogy (disque d’or en quelques mois), chante en duo avec Luciano Pavarotti et signe le disque L. A. Is My Lady (1984) en compagnie de Quincy Jones et de quelques jazzmen dont Lionel Hampton. Cependant, des ennuis de santé le contraignent à réduire ses activités ; c’est ainsi qu’il se produit pour la dernière fois à Paris en 1991. Il grave néanmoins deux albums de duos (avec Pavarotti, Charles Aznavour, Stevie Wonder, Barbra Streisand, Bono — leader du groupe de rock irlandais U2). Victime d’une première crise cardiaque en 1994, puis d’une deuxième trois ans plus tard, « la Voix » se tait définitivement le 15 mai 1998.
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