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Inquisition

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Grégoire IXGrégoire IX
Plan de l'article
1

Présentation

Inquisition, institution judiciaire créée au Moyen Âge par la papauté, afin de rechercher, juger et condamner les individus soupçonnés d’hérésie (c’est-à-dire de toute croyance s’écartant du dogme officiel de l’Église).

Du latin inquisitio (« enquête », « recherche »), l’Inquisition est une institution judiciaire relevant du droit canonique, dont la particularité est de conférer au juge (inquisiteur ou assimilé) l’initiative de la poursuite d’un individu ; elle ne nécessite donc aucune accusation ou dénonciation préalable, contrairement aux tribunaux classiques (laïques et religieux).

2

L’Inquisition médiévale

2.1

Origines

Les premières procédures inquisitoriales de l’Église médiévale sont utilisées pour des affaires internes au clergé, telle la pratique de la simonie (commerce des charges ecclésiastiques). Puis, au xiie siècle, avec la crainte générée par la résurgence des croyances hérétiques — en particulier de celle des albigeois, hérésie cathare du sud de la France —, la pratique du jugement inquisitorial est étendue au monde séculier. La lutte contre les hérésies prend alors deux formes : le combat physique, sur le champ de bataille, comme l’illustre la croisade des albigeois, et le combat spirituel, au cœur des tribunaux inquisitoriaux. De surcroît, progressivement, le champ définitionnel de l’hérésie s’étend aux schismatiques, aux convertis relaps (juifs et musulmans convertis qui continuent de pratiquer secrètement leur ancienne religion) et à d’autres groupes ou individus tels les dissidents fraticelles, les sorcières et les devins.

Au début du xiiie siècle, le pape Innocent III entame la codification de la procédure inquisitoriale contre les hérétiques albigeois (bulle Vergentis in senium, 1199 ; décret Licet Heli, 1213). Elle est complétée et étendue par certains décrets du concile de Latran IV (1215).

2.2

La lutte contre les hérésies

L’Inquisition proprement dite se déploie à partir de 1231, lorsque le pape Grégoire IX publie la constitution Excommunicamus, qui inaugure la fonction de l’inquisiteur (sous juridiction spécifique de la papauté), lequel se joint désormais à l’évêque dans la surveillance de l’orthodoxie des fidèles, et institue des punitions sévères aux individus reconnus coupables d’hérésie. La plupart des inquisiteurs sont choisis parmi les dominicains et les franciscains, en raison de leur solide formation théologique et de leur vocation de prêche.

Si certains princes d’Europe occultent cette nouvelle autorité religieuse et préfèrent lutter personnellement contre les hérésies (cas de l’Angleterre, de la plupart des couronnes de la péninsule Ibérique et de la Scandinavie), d’autres (comme en Aragon, en France, dans certaines régions du Saint Empire et aux Pays-Bas) appuient le travail de l’Inquisition en leurs terres.

Cependant, les dérives des premiers inquisiteurs illustrent le manque de contrôle des débuts de l’Inquisition. En témoignent les exactions menées par Conrad de Marbourg en Rhénanie et celles de Robert le Bougre en Bourgogne ; ce dernier écume les campagnes dans les années 1250, et condamne 21 personnes au bûcher ; suspendu par le pape Grégoire IX pour ses excès de violence, il est ensuite condamné à la prison. Les inquisiteurs de la deuxième génération — tels Pierre de Vérone, inquisiteur à Milan, et Bernard Gui à Toulouse (auteur du Manuel de l’inquisiteur, le premier du genre) — sont plus modérés, et donnent à l’Inquisition son cadre et son efficacité.

2.3

Le fonctionnement du tribunal inquisitorial

Chaque tribunal est constitué de deux inquisiteurs aux pouvoirs identiques, conférés directement par le pape ; ils sont aidés par des assistants, des notaires et des représentants de la police. Personnages extrêmement puissants (capables d’excommunier un prince), les inquisiteurs ont toutefois la réputation d’être justes et cléments — exception faite des premiers inquisiteurs aux dérives abusives.

Pendant quelques semaines ou quelques mois, les inquisiteurs s’installent dans une localité. Ils ordonnent que tous les coupables d’hérésie se présentent de leur plein gré (procédure d’enquête générale), mais peuvent également poursuivre eux-mêmes toute personne suspecte (par citation individuelle). Des punitions moins sévères sont infligées aux personnes qui se présentent volontairement, dans les délais impartis, et confessent leur hérésie, tandis que celles qui doivent être recherchées pour être jugées ou refusent de comparaître sont directement excommuniées. Un délai d’environ un mois est accordé pour des aveux spontanés, avant qu’un procès ne s’engage.

Lorsque les inquisiteurs décident de juger un individu suspecté d’hérésie, le prêtre du suspect lui porte sa convocation. La police inquisitoriale va ensuite chercher les personnes qui refusent d’obéir à une convocation (le droit d’asile ne s’applique pas aux hérétiques). Les accusés reçoivent un état des charges relevées contre eux. Jusqu’à ce que le pape Boniface VIII abroge cette disposition, les noms des accusateurs ne sont pas communiqués aux accusés ; ces derniers peuvent par ailleurs établir une liste de leurs « ennemis » personnels, qui sont ensuite récusés comme témoins. Les accusés doivent en outre répondre à ces accusations après avoir prêté serment. En règle générale, deux témoignages sont considérés comme une preuve de culpabilité.

Les inquisiteurs peuvent faire emprisonner les suspects accusés de mensonge. En 1252, par la bulle Ad extirpendam, le pape Innocent IV légalise le recours à la torture pour obtenir les aveux des suspects, procédure jusqu’alors étrangère à la tradition du droit canon.

À la fin la procédure inquisitoriale, les peines et les condamnations de ceux passés aux aveux ou jugés coupables sont annoncées lors d’une cérémonie publique ; c’est le sermo generalis ou autodafé. La peine peut être diverse : pèlerinage, flagellation publique, amende ou port de la croix. Dans les cas les plus graves, elle peut s’étendre à la confiscation des biens et à l’emprisonnement à vie. Enfin, l’Église se refusant à appliquer elle-même le châtiment suprême (la peine capitale), les inquisiteurs peuvent en demander l’exécution et remettre le coupable au roi ou au seigneur, bras séculier chargé de prononcer la sentence de mort et de l’exécuter. La peine du feu (le bûcher) est exceptionnelle, et s’applique à l’accusé qui refuse d’avouer (le relaps ou l’obstiné).

3

L’Inquisition espagnole

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