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Evans, Gil, (1912-1988), pianiste, arrangeur, chef d’orchestre et compositeur de jazz canadien. Né à Toronto, Ian Ernest Gilmore Green, dit Gil Evans, est remarqué pour sa collaboration en 1949-1950 aux morceaux « Boplicity » et « Moon Dreams » du disque Birth of the Cool de Miles Davis, après qu’il eut rompu son association avec l’orchestre de Claude Thornhill pour lequel il était arrangeur (de 1941 à 1948) ; six ans plus tard, Gil Evans travaille à nouveau avec le trompettiste, signant les arrangements des disques Miles Ahead (1957), Porgy and Bess (1958), Sketches of Spain (contenant la célèbre interprétation du Concerto de Aranjuez, 1959), At Carnegie Hall (1961) et Quiet Nights (1952), grâce auxquels il connaît une notoriété méritée aux yeux de tous.
Subtil organisateur de timbres et de sons, à l’instar de Duke Ellington, Gil Evans a contribué à l’évolution de l’arrangement — sophistication harmonique et impressionnisme, héritage de l’influence des compositeurs européens des années trente (formes souples et esquissées accordant une plus grande liberté aux solistes) — et de l’orchestration — utilisation et valorisation d’instruments jusqu’alors inusités dans le jazz, comme le cor ou le tuba, ce dernier étant intégré à la section de cuivres et non plus simplement « contrebasse à vent » de la rythmique, et absence de vibrato. Certains musicologues ont évoqué à propos du style de Gil Evans une nouvelle « palette sonore » élaborée à partir d’une remise en question des conceptions orchestrales et instrumentales traditionnelles pour une musique colorée, subtile, délicate et raffinée, dirigée par cet initiateur-catalyseur d’un jazz de forme(s) ouverte(s).
Dans le but d’élargir le spectre de son univers musical, Gil Evans intègre, à la fin des années soixante, des instruments électroniques à ses orchestres (lui-même joue du piano acoustique et électrique) ainsi que des rythmes binaires, combinaisons de rock, de funk et autres fragments de free jazz où se manifeste la permanence du blues ; il fait ainsi appel à de jeunes talents (les saxophonistes George Adams, Hamiet Bluiett, David Sanborn, les trompettistes Lew Soloff et « Hannibal » Marvin Peterson, le tromboniste George Adams, le tubiste Howard Johnson ou encore le percussionniste Warren Smith). Ses premiers disques « électriques » — Svengali (anagramme de Gil Evans) et The Music of Jimi Hendrix — suscitent quelques polémiques tandis que l’orchestre se produit pour la première fois en France (festival d’Antibes-Juan-les-Pins en 1974) et bientôt dans toute l’Europe (notamment au Royal Festival London Hall en 1978). Miles Davis, de retour sur la scène de jazz après une longue absence, fait de nouveau appel à Gil Evans pour le disque Star People. À partir de 1984, l’orchestre se produit tous les lundis en soirée dans un club de New York, le Sweet Basil. L’année suivante, Gil Evans participe à la musique du film Absolute Beginners de Julian Temple ainsi qu’à celle de The Color of Money de Martin Scorsese. 1987 constitue une année faste pour cet « écrivain » du jazz : plus de cent concerts, quatre tournées, cinq enregistrements dont un nouveau disque (Collaboration) avec la chanteuse Helen Merrill. Appelé à Paris par Laurent Cugny pour diriger son propre orchestre, le Big Band « Lumière », il est ensuite invité, en compagnie de Steve Lacy (saxophone soprano), par Antoine Hervé, alors directeur de l’Orchestre national de jazz. Rentré à New York, Gil Evans participe à une séance d’enregistrement pour le guitariste britannique Ray Russell (dont témoigne le disque Why Not Now), puis il part au Mexique où il meurt en mars 1988. Dès le 3 avril, un hommage lui est rendu en l’église Saint Peter de New York et l’orchestre, que son fils Miles, trompettiste, dirigera par la suite, y joue pour la première fois sans son créateur.
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