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Ihering, Rudolf von

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Ihering, Rudolf von (1818-1892), jurisconsulte allemand.

Issu d’une famille de juristes, Ihering enseigne successivement à Berlin, Bâle, Vienne puis, à partir de 1872, à Göttingen. Conseiller intime de la cour de Prusse, il reçoit un titre de noblesse héréditaire pour « services rendus à la science ».

Son œuvre considérable et sa renommée de professeur lui ont permis d’exercer une influence sensible sur nombre de juristes français.

Dès son premier grand ouvrage l’Esprit du droit romain dans les différents degrés de son développement (1854-1855), ses qualités d’érudition et d’originalité s’imposent : ce tableau de la formation du droit romain qu’il livre à son lecteur permet à celui-ci d’en percevoir l’esprit ; il insuffle une âme à cette législation devenue inerte, et parvient ainsi à mettre en relief les causes qui font alors du droit romain un élément de la civilisation du monde moderne. Dans cet écrit, l’influence de Savigny est encore nettement perceptible.

Avec la Lutte pour le droit (1872), Ihering s’affranchit de celui qui régnait alors en maître sur le champ du juridique et affine une pensée puissante et novatrice. Dans ce texte aux dimensions modestes, il rappelle, sur un ton polémique aux accents prophétiques, que toutes « les grandes conquêtes qu’enregistre l’histoire du droit : l’abolition de l’esclavage, de la servitude personnelle, la liberté de la propriété foncière, de l’industrie, des croyances [...] ont dû être remportées [...] au prix de luttes ardentes, souvent continuées pendant des siècles ».

La sentence résonne d’ailleurs dès les premières lignes du livre : « La paix est le but que poursuit le droit, la lutte est le moyen de l’atteindre. Aussi longtemps que le droit devra s’attendre aux attaques de l’injustice — et cela durera tant que le monde existera — il ne sera pas à l’abri de la lutte ».

Loin de cautionner la passivité contemplative prescrite par Savigny, Ihering se fait le chantre de l’interventionnisme législatif, avec une telle vigueur qu’on serait presque tenté de dire qu’il appelle à « l’insurrection législative ».

Paru en 1877, le But dans le droit confirme la rupture avec la pensée de Savigny. Il y expose tout d’abord que toute action humaine est dictée par un but. La règle de droit n’échappe pas à ce principe : sa principale fonction est de rendre possible la vie en société. Cet objectif doit donc guider le législateur dans une démarche volontariste, qui n’a rien de commun avec la formation du droit, lente, paisible et naturelle, chère aux tenants de l’école historique.

Menant son raisonnement plus avant, il fait apparaître le lien qui unit le droit à la force : « Le droit est la politique de la force », affirme-t-il, avant d’ajouter : « Si la société ne peut se maintenir dans l’état juridique actuel, si le droit ne peut l’y aider, la force vient remédier à la situation [...]. Les maîtres inhumains qui ont châtié les peuples avec des verges de fer ont autant fait pour l’éducation juridique de l’humanité, que les législateurs les plus sages qui ont écrit les tables du droit. »

Le tour provocateur et sentencieux de la formule a pu choquer. Fallait-il en déduire que le droit n’est qu’un moyen d’oppression vêtu de respectabilité ? Comprenant que le propos de Ihering n’était pas d’exalter l’esprit de domination du pouvoir politique, le doyen Ripert estime au contraire, dans les Forces créatrices du droit, que « la conception de Ihering dépouille le pouvoir du caractère sacré et mystérieux qui pourrait empêcher toute discussion sur les lois qu’il édicte ».

Peu avant sa mort, Ihering travaillait sur un grand ouvrage à propos des origines de notre civilisation, et il envisageait d’y mêler des considérations historiques, ethnographiques et linguistiques.

Traduits à partir de 1875, les travaux de Ihering ont sensiblement influencé les juristes français. Les théories sur l’abus de droit, la fonction sociale de la propriété, la déclaration de volonté et la réalité de la personnalité morale sont ainsi sous-tendues par la critique de la conception individualiste du droit subjectif.

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